Profil Équipe Partenaires Nouvelles brèves Contacts
[ NUMÉRO EN KIOSQUE ] NUMÉROS ANTÉRIEURS ABONNEMENT
 
Kyle Beal
Given Space and Time, 2004
Édition de 5
Photographie couleur
61 x 91,5 cm
 
 
 
Winston McQuade
4152-B Clark St.
Acrylique sur toile
158 x 143cm
 
 
 
Jason Baerg
Absolution, 2004
Encaustique et techniques
mixtes sur toile
152 x 122 cm
 
 
 
Michel Varin
Sans titre, 2003
Techniques mixtes sur bois
86,3 x 66 cm
 
 
 
Sylvie Readman
Lancée, 2003
Épreuve à jet d’encre
111 x 160 cm
 
 
 
Sophie Castonguay
Sans titre, 2004
Monotype
38 x 43 cm
 
 
 
Nadine Samuel
Futurama, 2004
Acrylique sur toile
96,5 x 101, 5 cm
 
 
 
Michael A. Robinson
Various studio essentials
2004
Divers objets
Dimensions variables
 
 
 
Diyan Achjadi
Once Upon A Time
2002
Murs peints, ordinateur, oreillers,
projecteur, projet Web.
 
 
 
Tony Scherman
Four Birds, 1982
 
 
 
Emmanuel Joly
48° 46' 51", 2° 10' 27"
Tirage couleur
121,9 x 162,5 cm
 
 
 
Stephanie Bush
Les Fées de la lessive
(Dance of the Super Suds Factory), 2000
Huile sur toile
112 x 145 cm
 
 
 
Yves Blais
La génération spontanée, 2004
Installation sculpturale audio et vidéo
Photo : Yves Lacombe
 
 
 
Monika Weiss
Fusain
 
 
 
Martin Bureau
La lenteur du geste, 2003
Huile sur toile
244 x 305 cm
 
 
 
Les Reines Prochaines (Basel)
Halluzination, 2005
Performance
Photo : Tobias Madörin
 
 
 
Iwona Abrams
Think With Your Body #1
Sérigraphie
72 x 54 cm
 
 
 
Richard Herman
 
     

N° 198, printemps 2005

[ DOSSIER ] QUELQUES DÉTOURS 2

LES PÉPINIÈRES DE TALENTS
QUI NE DEMANDENT QU’À ÉCLORE

Le succès qu’a connu notre cahier Quelques détours (Vie des Arts, no 193, hiver 2003-2004) nous a incités à récidiver. Voici donc un second florilège de quelques lieux (Attention ! Certains sont virtuels) qui défendent des artistes et qui exposent des oeuvres un peu en marge des circuits les plus fréquentés.

Un coup d’oeil sur les styles de ces galeries, sur les formes d’expression de leurs artistes, sur l’échelledes prix des oeuvres, atteste de l’extraordinaire hétérogénéité du monde des arts visuels.

Que l’on ne se méprenne pas. Tous les artistes attachés à ces lieux – tantôt insolites, tantôt novateurs ou hybrides – sont d’authentiques artistes en ceci qu’ils gagnent partiellement leur vie de leurs activités de création. Naturellement, comme la plupart de leurs collègues représentés dans des galeries plus établies, ils exercent des activités professionnelles sans lesquelles ils ne pourraient pas vivre ni donc exercer leur art.

Mais surtout ces lieux, qu’animent souvent avec passion leurs dirigeants, constituent de véritables incubateurs ou des pépinières d’où vont éclore les talents qu’il revient aux amateurs d’art de découvrir et de révéler.

La sélection que nous avons effectuée englobe des galeries dont l’implantation est assez récente (un à trois ans), situées hors des lieux de regroupement traditionnels, où les arts visuels cohabitent avec d’autres disciplines. À cet ensemble, nous avons ajouté des lieux qui jouissent d’une certaine notoriété mais qui ont récemment déménagé.

Pour mener à bien la production de ce cahier, nous avons fait appel, dans une large mesure, à de jeunes rédactrices et à de jeunes rédacteurs offrant ainsi la chance à certains d’entre eux de publier pour la première fois un article dans Vie des Arts.


MONTRÉAL
CONTAGIEUSE PASSION
Nathalie Guimond

GALERIE HOLLINGER COLLINS
4928, RUE SHERBROOKE OUEST
MONTRÉAL
TÉL.: (514) 484-1694
www.hollingercollins.com

KYLE BEAL, STEVEN JAMES BROWN, DAVID BURDENY, KATYUSKA DOLEATTO, ROY HARTLING, THADDEUS HOLOWNIA, AMY HUESTIS, COLIN MC NAIR, D. BRADLEY MUIR, ROSEMARY SCANLON, VERONA SORENSEN

Née en octobre 2004 de l’association du galeriste Anthony Collins et de la photographe Heidi Hollinger, la galerie Hollinger Collins se veut un espace aux spécialisations multiples : atelier, studio de photographie, laboratoire (pour amateurs et professionnels) et lieu d’exposition. Un espace de 3500 pieds carrés, répartis sur deux étages, qui permet les transformations et les changements d’ambiances selon les expositions et les événements qui s’y déroulent.

Au-delà des critères esthétiques généralement admis, c’est le point de vue novateur et la pertinence de la démarche artistique qui prévalent dans le choix des artistes. En effet, pour Anthony Collins, il est important de garder «cet équilibre entre les visées esthétiques et la complexité de la démarche de l’artiste. Tout comme il est nécessaire d’accompagner les gens pour expliquer et leur faire voir autre chose, autrement; la passion est contagieuse, vous savez.»

Bien que, pour le moment, le nombre d’artistes représentés par la galerie soit relativement restreint (une douzaine, principalement des photographes canadiens et européens), ceux-ci rendent parfaitement compte des pratiques photographiques actuelles; on y propose, notamment, des oeuvres conceptuelles (souvent des expérimentations techniques) susceptibles de stimuler la réflexion sur la photographie, l'art et la création. En ce sens, la sélection des oeuvres reflète la double sensibilité que cherche à véhiculer le galeriste: valeurs esthétique et théorique. La galerie Hollinger Collins propose également des sculptures et des peintures. Des oeuvres qui, pourrait-on dire, se révèlent plus méditatives.

En somme, les diverses vocations de l’endroit (production, diffusion) permettent de partager les risques. Étonnamment, il y a peu de galeries spécialisées en photographie contemporaine à Montréal, et ce créneau, certes trop peu représenté, vient d’être opportunément enrichi.


MONTRÉAL
ÉCLECTISME CONTEMPORAIN
Jean de Julio-Paquin

GALRI
1100, AVENUE VAN HORNE
OUTREMONT
TÉL.: (514) 274-1502
www.galri.ca
DIRECTEUR: JEAN-MICHEL LAVOIE

PEINTRES ET GRAVEURS
MÉLANIE BERTRAND, THÉRÈSE JOANNETTE, SYLVIE LAROSE, LATTAKEUSE DIMAGE (TECHNIQUES MIXTES), GEORGES MAMÀN, WINSTON MCQUADE, CHANTAL MESSIER, GUIDO MOLINAR

PHOTOGRAPHES
MICHEL HUNEAULT, NICOLAS RUEL

SCULPTEUR
ION VLAD, DESIGNER, ALAIN LACHANCE, CRÉATION STAB

Meubles au design audacieux, peintures, sculptures et gravures cohabitent dans ce nouveau lieu dirigé par Jean-Michel Lavoie, un jeune et dynamique personnage. Pharmacien de profession et président de l’antenne canadienne de Pharmaciens sans frontières, cet amateur d’art âgé de 26 ans a fait le grand saut en ouvrant sa propre galerie d’art sur l’avenue Van Horne à Outremont, une artère en quête de revitalisation où tous les espoirs sont permis.

Premier succès : l’aménagement intérieur du bâtiment qui logeait autrefois un importateur de café. La large baie vitrée devient une vitrine séduisante où l’ensemble des oeuvres est révélé d’un seul coup aux passants curieux. Le plafond très haut laisse désormais paraître les poutres de ciment qui s’incorporent bien à l’espace fraîchement remodelé.

Sur le plan artistique, l’éclectisme caractérise ce nouvel espace de diffusion qui présente à la fois des oeuvres de créateurs réputés, dont le regretté Guido Molinari, et celles d’artistes en émergence. Sur les cimaises, des oeuvres de facture classique côtoient des travaux à caractère plus expérimental. Selon le directeur, la diversité dans les choix et les tendances esthétiques est la pierre angulaire de cette aventure commerciale où rien n’est gagné d’avance. C’est pourquoi nous saluons la venue de cette galerie dans ce secteur en mutation où l’originalité des boutiques et des commerces s’y établissant, alliée au support de sa population immédiate, ne peut qu’influencer à court et moyen terme le devenir de cette avenue particulière à Montréal. Mentionnons l’intérêt pour cette galerie à investir le marché corporatif et la vente d’oeuvres d’art sur le Web tout en misant aussi sur une participation à des événements collectifs dont l’édition 2005 des Journées de la culture.


MONTRÉAL
PLACE AUX ARTISTES ÉMERGENTS
André Seleanu

GALERIE SANDRA GOLDIE
1360, AVENUE GREENE
WESTMOUNT
TÉL. (514) 935 2355
www.galeriegoldie.com
DIRECTRICE: SANDRA GOLDIE
PARTENAIRE: MARYSE BONALDO

PEINTRES ET GRAVEURS
MÉLANIE BERTRAND, THÉRÈSE JOANNETTE, SYLVIE LAROSE, LATTAKEUSE DIMAGE (TECHNIQUES MIXTES), GEORGES MAMÀN, WINSTON MCQUADE, CHANTAL MESSIER, GUIDO MOLINAR

PHOTOGRAPHES
MICHEL HUNEAULT, NICOLAS RUEL

SCULPTEUR
ION VLAD, DESIGNER, ALAIN LACHANCE, CRÉATION STAB

Ouverte depuis 2001, la galerie Sandra Goldie est présente sur la rue Greene à Westmount, « la rue sympathique aux boutiques exquises », souligne la galeriste. Une certaine profusion d’oeuvres d’art caractérise la galerie, que l’on pourrait assimiler au loft d’un jeune couple branché. « Je veux que l’espace soit aussi informel et sympathique que possible », s’exclame Sandra Goldie, qui a mis en application son expérience dans le design d’intérieur. Sa partenaire, Maryse Bonaldo, partage la même sensibilité, ayant également des liens avec le monde du design.

Sandra Goldie met l’accent sur l’originalité du projet d’une galerie vouée exclusivement aux nouveaux artistes, provenant de diverses régions au Canada. C’est peut-être à la fois une force et une faiblesse de la galerie, mais la démarche de galeriste est toute de courage et de sincérité. C’est donner une chance aux artistes émergents dans un monde de l’art qui mise plutôt sur les valeurs sûres. Chez Sandra Goldie, le prix des oeuvres varie entre 500 et 5000 dollars. Pour un artiste, cette galerie peut constituer une porte d’entrée vers le marché de l’art.

Les toiles reflètent le jeu d’influences qui agissent dans l’art actuel, souvent en combinaison : l’héritage de l’expressionnisme abstrait, le néo-expressionnisme, la nouvelle figuration, l’abstraction géométrique, le minimalisme, l'art conceptuel. Les artistes utilisent une variété de supports. Keer Tanchak propose des caprices lyriques d’un léger érotisme (à la Watteau), peinture à l’huile sur aluminium. Jean-François Brillant, admirateur de Frank Stella, crée une abstraction géométrique colorée, sur des polygones irréguliers.

«Je demande à mes artistes l’engagement, la curiosité comme qualités, et dans les oeuvres, l’harmonie, la texture, la proportion, le rythme», explique Sandra Goldie. Elle aide également des entreprises à créer des collections. «Les acheteurs des milieux de l’entreprise s’aventurent de plus en plus dans le champ des artistes émergents», explique la galeriste. «Il est important pour moi de rendre le monde de l’art contemporain accessible au public. L’art ne doit pas intimider les gens.» La galerie n’organise pas d’exposition individuelle, mais des expositions collectives réunissant trois artistes à la fois.


MONTRÉAL
IL SUFFIT D’Y CROIRE
Pierre-Anaïs Parent Saint-Gelais

CRU – ESPACE GALERIE
1703, RUE AMHERST
MONTRÉAL
TÉL.: (514) 528-7007
www.cruespacegalerie.com
DIRECTRICE: NICOLE ST-AMOUR

STÉPHANIE AGHBACHIAN, BENOIT AQUIN, YVES ARCAND, LUCIE CHICOINE, JULIE DUGUAY, JEAN-MARIE GIGUÈRE, JACYNTHE GLADU, YVON POIRIER, ROBERT OUELLET, JULIE VADDAPPALLI, MICHEL VARIN, PAUL VILLENEUVE, VANESSA YANOW

Une large vitrine permet au passant de jeter un coup d’oeil furtif aux oeuvres exposées à la galerie CRU, rue Amherst. Le plus souvent, piqué par la curiosité, on entre. L’espace, impeccable et chaleureux, permet de se laisser imprégner par les nombreuses oeuvres exposées. Bien que, par sa situation géographique, la galerie ne soit pas inscrite dans le parcours habituel des amateurs d’art, Nicole St-Amour se déclare très satisfaite de son emplacement. Le quartier est vivant et les résidents sont ouverts à l’art sous ses formes les plus variées.

Inauguré en novembre 2004, CRU espace galerie accorde une place importante aux artistes en début de carrière mais, avant tout, Nicole St-Amour se laisse guider par ses coups de coeur. Sous le thème, «L’amour cru», l’exposition de février 2005 présentait des oeuvres traitant de l’amour, du désir ou encore de la sensualité et ce, sous ses nombreuses déclinaisons. Il était possible d’y voir des oeuvres aussi diversifiées que les portraits néo-expressionnistes de RobertOuellet, les photographies intimistes et sensibles de Benoît Aquin et les peintures abstraites d’où émanent une impression d’étrangeté de Sergei Savchenko.

Singularité intéressante, la galerie présente, de façon permanente, des objets de métiers d’art: céramiques, poteries, pièces en verre et bijoux trônent au centre de la galerie. Pour Nicole St-Amour, les métiers d’art sont souvent plus accessibles. Ainsi donc, cette vitrine supplémentaire, offerte à de nombreux artisans québécois, permet d’atteindre un public large, ce qui constitue un des principaux objectifs de la galeriste.


MONTRÉAL
L’INCURSION PHOTOGRAPHIQUE
Claudia Benoit

BLOWUP
800, PLACE VICTORIA, TOUR DE LA BOURSE
MONTRÉAL
TÉL.: (514) 874-0404
www.blowupgalerie.com
DIRECTRICE: LOUISE LARIVIÈRE

Logée à la tour de la Bourse, la galerie BloWup expose une photographie que met en relief une décoration intensément pure, blanche, monumentale parfois, que berce une lumière naturelle. Le bar Exos, associé à la galerie, offre de quoi se rafraîchir et diffuse un perpétuel bruissement l’eau qui chute de fontaines qui composent le mobilier. Dans cette atmosphère particulière, BloWup propose une photographie percutante sur des thèmes ouverts sur certaines cultures qui restent parfois peu intelligibles. Ainsi, cette année, les citoyens du monde montreront leurs particularités à travers les photographies intuitives d’une panoplie d’artistes multinationaux. Parmi eux, Christophe Chat-Verre présente sa vision d’un carnaval afro-brésilien à travers des personnages aux costumes typiques de la fête si connue de Rio de Janeiro.

BloWup s’intéresse aussi à la diffusion de la photographie, souvent à tendance journalistique. Protagoniste du milieu culturel montréalais, la galerie participe au mois de la photo et édite des publications où Montréal reste un thème dominant comme en témoigne, par exemple, le plus récent ouvrage Je suis Montréal. La particularité de l’organisme, qui ne compte que deux années d’existence, réside dans son orientation en faveur d’une photographie de type «image» d’information. À cet égard, BloWup offre une expérience singulière à vivre, à tout le moins, tant que l’étranger et son exotisme demeureront mystérieux.


MONTRÉAL
POLYVALENCE, GESTION ET PASSION
Pierre-Anaïs Parent Saint-Gelais

SYLVIANE POIRIER ART CONTEMPORAIN
1000, RUE AMHERST, SUITE 103
MONTRÉAL
TÉL.: (514) 875-9500
www.sylvianepoirier.com
DIRECTRICE: SYLVIANE POIRIER

BARYE ALLIKAS, FRANÇOIS-MARIE BERTRAND, LISE BOISSEAU, DANIEL CORBEIL, MANON DE PAUW, ÉLIANE EXCOFFIER, ÉRIC LAMONTAGNE, RENÉE LAVAILLANT, MICHAEL MERRILL, JOSÉE PELLERIN, LORRAINE PRITCHARD, SYLVIE READMAN, JEAN-PAUL SCLAPARI, LORRAINE SIMMS, SYLVIE TOURANGEAU, KAREN TRASK

Après avoir occupé un espace au 2e étage de l’édifice Belgo pendant près de trois ans, la galerie Sylviane Poirier art contemporain déménage en juillet 2004 au 1000, rue Amherst. Pourquoi quitter un haut lieu de l’art actuel pour aller s’installer, seule, dans un immeuble légèrement excentré et, surtout, situé dans un périmètre encore peu fréquenté par les connaisseurs?

Comme le souligne Sylviane Poirier, force est de constater que «ce n’est pas le lieu qui est important, mais plutôt ce qui y est présenté!» D’ailleurs, depuis quelques années à Montréal, on constate la dispersion des galeries et des centres d’artistes. En outre, Sylviane Poirier aime les défis et elle agit donc en toute connaissance de cause. Et puis, le 1000, rue Amherst ne constitue pas un choix innocent. Bien situé à la croisée du Vieux-Montréal, du Centre-ville et du Centre-Sud, l’immeuble porte maintenant le nom de Centre d’art Amherst. En plus de gérer la galerie qui porte son nom, Sylviane Poirier offre trois espaces en location pour des expositions individuelles ou collectives. Trois ateliers seront également bientôt disponibles. Voilà donc un contexte qui promet d’être stimulant et vivant! Enfin, une bannière devrait bientôt attirer, de loin, l’attention des passants.

Le déménagement de la galerie Sylviane Poirier art contemporain ne modifie en rien son style et son mode de fonctionnement. La vidéo, installative ou non, la performance et la photographie continuent d’occuper une place importante au côté de la peinture et du dessin. En plus de proposer les oeuvres des 16 artistes réguliers au cours d’expositions individuelles, Sylviane Poirier se réserve une ou deux périodes d’expositions par année pour présenter un coup de coeur du moment. Par ailleurs, sur les 16 artistes exposant chez elle, 10 sont des femmes. Selon la directrice, ces dernières sont encore trop peu représentées dans les galeries québécoises. En partie pour remédier à cette situation, mais surtout pour briser le mythe de l’artiste «mauvais gestionnaire», Sylviane Poirier offre un service d’assistance professionnelle (coaching). Elle anime des ateliers individuels ou de groupe sur le marché de l’art (la recherche de commandite, la gestion et la coordination de projet). Elle veut surtout aider les artistes à prendre leur carrière en main. «Un artiste, c’est aussi un technicien, un gestionnaire, un chercheur, un relationniste, il assume aussi bien d’autres fonctions! » déclare-t-elle. À l’évidence, celle qui vient d’être élue Présidente de l’Association des galeries d’art contemporain (AGAC) démontre qu’il est possible d’associer art et gestion, rigueur et passion.


MONTRÉAL
À VOS PAPIERS
Edith Roy

LA GALERIE DE LA SOCIÉTÉ DES ARTS SUR PAPIER
4826, RUE SAINT-DENIS
MONTRÉAL
TÉL.: (514) 286-0352
www.sap-aps.org
PROPRIÉTAIRE: FRÉDÉRIK LANGLOIS
COORDONNATEUR DES EXPOSITIONS: MATTHIEU GAUVIN

SOPHIE CASTONGUAY, MATTHIEU HENMAN, RICHARD LANCTÔT, MAX WYSE

D'abord, maison de distribution, puis librairie spécialisée dans la bande dessinée d’auteurs, La galerie de la Société des Arts sur Papier, anciennement connu sous le nom F52, s’est dotée, en septembre 2004, d’un espace d’exposition à même la librairie. Toutes les oeuvres présentées sont sélectionnées à partir d’un premier critère, soit le support sur papier, qui s’accorde parfaitement avec les ouvrages — authentiques oeuvres d’art — qu’on y trouve. Dessins, photographies, sérigraphies, estampes, peintures, calligraphies et gravures viennent dialoguer avec le monde du livre, rendant ainsi perméables les frontières disciplinaires. Ce n’est pas un hasard si la Société des Arts sur Papier a été créée et a pris forme dans l’espace F52 en janvier 2005. Elle témoigne, à tout le moins, de l’engouement pour le dessin que manifestent de nombreuses galeries montréalaises depuis quelques mois.

Jusqu’à maintenant, seuls les artistes Sophie Castonguay, Max Wyse et Matthieu Henman ont exposé. Cependant, les idées abondent. C’est que l’hybridité du lieu offre une multitude d’interactions entre les sphères de la littérature et des arts visuels. D’ailleurs, on prévoit éventuellement une alliance conceptuelle entre les écrivains et les artistes pour réaliser un projet commun. «Nous voulons, en quelque sorte, désacraliser le domaine artistique et son marché. Plusieurs de nos clients achètent ici une première oeuvre originale », souligne Matthieu Gauvin, coordonnateur des expositions. Enfin, le mandat inusité qui définit la galerie permet de recruter des amateurs provenant de divers milieux. En moins d’une année, la «galerie-librairie» a fait preuve d’un dynamisme contagieux en suggérant une panoplie de trésors à découvrir.


MONTRÉAL
À L’ENSEIGNE DE LA LIBRE EXPRESSION
Edith Roy

GALERIE ARTUS
988, RUE RACHEL EST
MONTRÉAL
TÉL.: (514) 523-4179
DIRECTEUR: NIKOLAI KUPRIAKOV

BOB DESAUTEL, PIERRE DUPRAS, MICHEL FARRUGGELLO, JEAN-PIERRE GAGNON, NIKOLAI KUPRIAKOV, VÉRONIQUE TIFO

Voilà une galerie vivifiante. Peinture en direct, body painting, soirée masquée, installations, vidéos…la gamme est vaste ! Entamant sa sixième année d’existence, la galerie Artus propose des expositions et des actions originales. Par exemple, l’événement annuel Art à la pièce qui met en scène des artistes peignant en direct un mur entier de la galerie. Pour un prix très abordable (20 à 80 dollars), le visiteur peut choisir une section de la gigantesque toile réalisée.

La galerie se présente essentiellement comme un lieu d’échange artistique et d’ouverture d’esprit. Il y a quelques années, on pouvait y découvrir un groupe d’artistes péruviens qui exposaient leurs créations à l’occasion d’un projet d’échange avec des étudiants de l’Université du Québec à Montréal. Des artistes émergents autant qu’établis peuvent bénéficier du lieu. Ici, on laisse place à la spontanéité, et donc, à une grande liberté créatrice. Généralement, il suffit de proposer une idée pour pouvoir la conduire à terme. De ce fait, le propriétaire de l’espace, Nicolai Kupriakov, semble indéniablement réceptif à toutes les perspectives. « La galerie Artus est née d’une volonté d’aller à l’encontre de la bureaucratie régissant les arts visuels », affirme-t-il. Ainsi, le directeur met tout en oeuvre pour s’affranchir des obstacles qui pourraient entraver l’autonomie permise dans ce lieu. Différentes formes de créativité, des disciplines diverses se côtoient sans gêne. De plus, quiconque le souhaite peut également suivre des cours de peinture en profitant des ateliers situés à l’arrière de la galerie.

Les manifestations artistiques proposées par la galerie Artus ne constituent pas de pures innovations, elles témoignent néanmoins d’un effort sincère et rafraîchissant qui permet, autant aux artistes qu’aux visiteurs, des explorations singulières.


MONTRÉAL
STRATÉGIE DOUBLE : ACCESSIBILITÉ ET SYNERGIE
Émilie Lesage

GALERIE PIERRE-FRANÇOIS OUELLETTE
372, RUE SAINTE-CATHERINE OUEST, ESPACE 216
MONTRÉAL
TÉL.: (514) 395-6032
www.pfoac.com
DIRECTEUR: PIERRE-FRANÇOIS OUELLETTE

MARC AUDETTE, MICHAEL A. ROBINSON, ALEXANDRE CASTONGUAY, LUC COURCHESNE, MICHEL DE BROIN, JÉRÔME FORTIN, KARILEE FUGLEM, LUIS JONCAS, MARIE-JOSÉE LAFRAMBOISE, JOHN LATOUR, MARIE-JEANNE MUSIOL, ED PIEN, ROLAND POULIN, ANNIE THIBAULT, JOHANNES ZITS

Dès sa fondation en 2001, la galerie Pierre-François Ouellette a voulu permettre à une clientèle variée d'acquérir des oeuvres d'artistes émergents et de participer ainsi à la diffusion de l'art actuel canadien. Les clients et les visiteurs sont considérés comme des ambassadeurs de la galerie et des quinze artistes qu'elle représente. « Collectionner l'art contemporain ne concerne pas uniquement les gens riches, affirme M. Ouellette, c’est plutôt le partage d’une même passion qui contribue au développement du marché de la galerie. » Pour son directeur, ce qui importe, c’est que le dialogue sur les oeuvres (qu'il s'agisse de sculptures, d'installations, de vidéos ou même de réalisations multimédias) demeure vivant au-delà des murs du local 216 de l'édifice Belgo. La clientèle de la galerie comprend les musées, les collectionneurs et les simples amateurs d’art, voire des étudiants. Pour faciliter les achats, Pierre-François Ouellette propose des modalités de paiement. Il n'est donc plus irréaliste, pour quiconque le souhaite, d'envisager de participer au commerce de l'art contemporain au risque de voir se dissoudre ses propres économies.

Pierre-François Ouellette fournit des efforts constants pour faire connaître l'art actuel canadien sur la scène nationale et internationale. Ainsi, la galerie participe régulièrement à des foires mondiales d'art contemporain : ARCO (Madrid), ART FORUM (Berlin), DIVA (New York) et TIAF (Toronto). Ces manifestations élargissent le rayonnement des artistes. Certains d’entre eux, comme Michel de Broin et Jérôme Fortin, commencent à être reconnus à l’étranger. Dans cette même optique, la galerie diffuse sur son site Internet un nombre considérable d'informations sur ses activités, ses mises en vente et les productions de ses artistes. Depuis quelques mois, la galerie s'est aussi attribué le rôle d'émissaire de la vie artistique montréalaise. Grâce à son initiative, deux pages d’information sont intégrées à chaque numéro de la revue Art Forum pour promouvoir les événements et les expositions qui ont lieu dans les galeries et les centres d’artistes de la métropole. La philosophie de Pierre-François Ouellette est celle du «B to B» (Business to Business). Selon lui, la coopération avec les musées, les galeries et les professionnels du milieu est nécessaire à la consolidation du réseau artistique québécois et canadien, tout comme l’est sa reconnaissance à l’étranger.


MONTRÉAL
LABORATOIRE CYBERFÉMINISTE
Nathalie Guimond

STUDIO XX, CENTRE D’ARTS MÉDIATIQUES
338, TERRASSE SAINT-DENIS
MONTRÉAL
TÉL.: (514) 845-7934
www.studioxx.org

Centre de ressources sur les nouvelles technologies, le Studio XX intervient dans le champ des nouveaux médias et présente la particularité d’être exclusivement destiné aux femmes. Un de ses mandats est de favoriser la création et la diffusion d’oeuvres d’arts technologiques, numériques et audionumériques créées par des femmes : « Exposer, démystifier, outiller, questionner et créer » sont les visées principales du Studio qui guident son orientation et sa trajectoire.

Le Studio XX est avant tout un lieu de formation, offrant des ateliers allant de l’initiation au web jusqu’à un niveau de production et de développement multimédia avancé. Vient ensuite le volet de production, qui propose notamment un programme de résidences d’artistes, des coproductions et des collaborations avec des artistes médiatiques et des commissaires. L’axe de diffusion, pour sa part, comprend les Salons Femmes Branchées, 5 à 7 mensuels où le public est amené à découvrir les productions les plus récentes du monde numérique international et à discuter avec des artistes, théoriciennes, commissaires, activistes féministes ou femmes travaillant dans le champ des nouveaux médias. Une réflexion artistique, sociale et politique avant-gardiste est omniprésente dans toutes les activités du Studio et passe notamment par l’élaboration d’une revue électronique.

Le Studio XX est surtout connu pour son festival de cyberart HTMlles, événement biennal dont le volet québécois est en circulation la deuxième année. La programmation s'articule, à chaque édition, autour d'un thème différent ; en 2005, il sera question de proximité et de périphérie, du corps dans l'espace virtuel, de la distance psychogéographique et de l'évolution des rapports sociaux. Fort d’un discours cyberféministe bien engagé, le Studio est surtout un espace encourageant les artistes et les femmes en général à utiliser les nouvelles technologies et à s’approprier le cyberespace à leur manière.


MONTRÉAL
AU CARREFOUR DES COURANTS

GALERIE LES MODERNES
2122, RUE CRESCENT
MONTRÉAL
TÉL.: (514) 875-4358
www.artnet.com (SECTION: LES MODERNES)
PROPRIÉTAIRE: LOUIS BOUDREAULT

La galerie Les Modernes a une nouvelle visibilité depuis son déménagement il y a deux ans vers le secteur des commerces d’art de la rue Crescent. Auparavant, la galerie avait une présence plutôt discrète dans l’édifice de galeries Belgo (372, rue Sainte-Catherine). Actuellement, Les Modernes se fait remarquer des passants par son grand bow-window en saillie, marqué par un lettrage noir sur un fond blanc.

«On a maintenant pignon sur rue. Nous sommes près du quartier touristique, également du Musée des beaux-arts », remarque Louis Boudreault, le propriétaire. La galerie découvre un nouveau marché. «Une nouvelle clientèle émerge: des gens entre 35 et 45 ans qui veulent être conseillés dans les belles choses. » De plus, la galerie maintient des liens importants avec l’étranger. « Nous faisons partie d’un réseau formel de galeries d’art inscrites sur l’Internet, artnet.com, et nous travaillons, entre autres centres, avec New York, Paris, Londres. Nous entretenons des relations avec des marchands de ces villes », explique M. Boudreault. Par voie de conséquence, les clients des Modernes se trouvent tant au Canada qu’à l’étranger.

Les artistes appartiennent aux domaines canadien et international et se partagent entre l’art classé, tels Chagall, Noland, Picasso ou Ferron, Riopelle dans le domaine canadien, et l’art contemporain. Chaque année, la galerie intègre l’oeuvre d’un ou de deux artistes. L’école américaine est présentée en vedette par M. Boudrault, qui met en exergue un chef de file de celle-ci, Kenneth Noland, peintre de la post-painterly abstraction, une version de l’abstraction géométrique. Le galeriste affectionne également la peinture française et l’École de Paris. La galerie a vendu des oeuvres de Picasso, Chagall, Soulages, Utrillo entre autres artistes français. En effet, l’approche de la galerie combine l’éclectisme et la qualité. «Peu importe la période, une belle oeuvre reste pour moi une belle oeuvre », note Louis Boudreault. Il aime aussi l’école moderne italienne : des oeuvres de Fontana, Balla, Morandi, Severini, Manzoni ont fait partie de l’actif de la galerie. Actuellement, des oeuvres du sculpteur britannique Nicola Hicks, qui donne une patine et une plasticité de terre cuite au bronze, occupe une place de choix dans l’espace d’exposition des Modernes. L’art inuit, symbolisé par les hallucinantes et secrètes sculptures de Karoo Ashevak, constitue un volet significatif de l’activité de la galerie.

Parallèlement au métier de galeriste, Louis Boudreault pratique lui-même la peinture. Sa série de grandes toiles intitulée Sur la route des couleurs, oeuvre en partie conceptuelle sur le transport des couleurs pendant la Renaissance, réunit l’esquisse figurative et des clins d’oeil à la Renaissance et à l’art asiatique, à la peinture chinoise et à la miniature persane.

La boutique au nom attrayant de Maison blanche, également située rue Crescent, est affiliée à la galerie. Elle présente une ambiance très parisienne de fleurs entourées d’objets de design : lustres, vaisselle, porcelaine. Elle est gérée par le designer Dominique Bernard.


MONTRÉAL
CLIC POUR UN DÉCLIC
Claudia Benoit

GALERIE ALT-6
www.alt-6.com

MARTIN BEAULIEU, YVES BEAULIEU, JEAN-FRANÇOIS GRATTON, BRIGITTE HENRY, EMMANUEL JOLY, RON LEVINE, JOE OPPEDISANO, TSHI, GEORGE S. ZIMBEL

Depuis trois ans, un nouveau moyen d'explorer la photographie contemporaine locale s'offre à tous les internautes avides de manifestations artistiques. Alt-6 ne dispose pas d'une galerie physique, les déplacements de ses visiteurs se limitent à quelques mouvements de souris d’ordinateur, « Clic » et voilà que s’ouvrent des séries de photographies. Commerciales ou purement artistiques, les oeuvres percent l'écran. On doit cette réalisation à Fernande Ouellet et Jean-François Gratton, instigateurs du projet.

Le choix du web permet, certes, une diffusion efficace des oeuvres photographiques, mais rien ne vaut, bien sûr, l’émotion du face à face, le regard direct sur un tirage dont on peut apprécier la virtuosité technique et la finesse d'exécution. Alt-6 répond à ce souci. Voilà pourquoi le personnel reçoit avec enthousiasme les collectionneurs désireux de jeter un regard plus intime et éventuellement désireux d’acquérir une des réalisations des artistes. La galerie Alt-6 demeure unique en son genre sur la scène québécoise en développant une perspective technologique qui pourrait, dans les prochaines années, devenir un nouveau mode de diffusion plus commun et efficace. Pour son nonconformisme, son individualité et son accessibilité, l’organisme vaut mille fois le détour. Un clic n’engage à rien, mais permet d’apprécier toute l’originalité du site de ses images. Alt-6 deviendra sûrement un de vos favoris.


MONTRÉAL
L’ART NOMADE
Edith Roy

MAJELLART
TÉL.: (514) 849-2038
www.majellart.com
DIRECTRICE: DORIS BLANCHET VASILOFF

STÉPHANIE BUSH, MARC CHATELLE, PAUL COLPRON, JORGE DAVILA, SIMON DUTIL-PAQUETTE, TONY GAUDETTE, ALAIN HOUDE, ANDRÉ MICHEL, LOUISA NICOL, MICHEL PICOTTE, MICHEL POULIOT, INDRA SINGH

Véritable passionnée, Doris Blanchet Vasiloff est, depuis plus d’un an, l’instigatrice de la galerie virtuelle Majellart. Si plusieurs sites Web offrent l’accès à des vitrines où sont présentées des oeuvres d’art, Majellart s’en distingue pourtant. Ici, c’est en tant que galerie privée, comptant une vingtaine d’artistes québécois de diverses origines, qu’elle agit. Déjà, une clientèle provenant des quatre coins du monde visite régulièrement son site. Le réseau dont bénéficient ses artistes ne cesse de croître ; il pique la curiosité de nombreux amateurs, ouverts aux productions les plus diversifiées.

«La galerie virtuelle est la voie de l’avenir» estime Mme Vasiloff. Elle précise « Le monde actuel profite d’un retour au nomadisme, mode de vie favorisé par Internet, qui permet à beaucoup de gens de travailler à partir de n’importe quel lieu avec comme seul instrument de travail un téléphone cellulaire ! Cette façon de faire est florissante aux États-Unis et en Europe. » La galerie veut donc abolir les frontières physiques, géographiques et sociales, traditionnels obstacles à la diffusion des oeuvres d’art. Fidèle à cette logique, trois à quatre fois par an, Doris Blanchet Vasiloff organise des expositions à Montréal, à chaque fois dans un espace différent. L’occasion est ainsi propice à faire connaître un large éventail d’oeuvres d’artistes actuels de même que certaines antiquités. La prochaine exposition aura lieu en mai 2005. Parmi une dizaine d’artistes sélectionnés, se distinguent Stéphanie Bush, lauréate d’un prix de dessin à la Biennale de Florence de 2003 et le sculpteur pop Paul Colpron.


MONTRÉAL
SCULPTURE SUR MESURE
Nathalie Guimond

CENTRE D’EXPOSITION CIRCA
372, RUE SAINTE-CATHERINE OUEST, ESPACE 444
MONTRÉAL
TÉL.: (514) 393-8248
www.cam.org/~circa
DIRECTEUR: MAURICE ACHARD

Installé depuis 1988 au quatrième étage de l’édifice Belgo, le Centre d’exposition Circa (centre d’artistes autogéré) surprend par les espaces d’expositions mis à la disposition des artistes (plus de 300 mètres carrés) et la manière dont ils y inscrivent leurs oeuvres. En effet, la particularité de Circa tient au fait que pratiquement toutes les oeuvres qu’il expose sont créées in situ. Il s’agit d’art contemporain et presque exclusivement de sculptures et d’installations. D’ailleurs, la politique qui guide le choix d’exposition et de diffusion de Circa repose sur cette idée de dialogue entre les artistes et les particularités du lieu (dimensions de la salle, colonnes, larges fenêtres…), en encourageant des démarches impliquant une appropriation personnelle de l’espace.

Le Centre Circa présente sporadiquement des expositions en collaboration, relevant d’une filiation entre des artistes en début de carrière et des artistes établis: le comité de sélection invite de jeunes artistes à exposer dans la grande salle, ceux-ci invitant à leur tour un artiste expérimenté à exposer en même temps dans la deuxième salle, de petites dimensions. Outre les expositions de la programmation régulière, le centre organise de nombreux événements et échanges internationaux, notamment avec l’Allemagne, la Belgique, le Mexique, l’Autriche, l’Espagne, la France et le Brésil.


MONTRÉAL
LE PROJET DE L’ART ACTUEL
André Seleanu

GALERIE SAMUEL LALLOUZ
1434, RUE SHERBROOKE OUEST
MONTRÉAL
TÉL. (514) 849-5844

Installée depuis l’été 2003 au deuxième étage d’un immeuble victorien de la rue Sherbrooke, la galerie Samuel Lallouz reste fidèle à sa vision de l’art contemporain en tant que projet sans frontières. Au fil des ans, la galerie a exposé des oeuvres d’artistes internationaux tels que Joseph Beuys, membre initial du mouvement Fluxus, Hartung, Saura, Tàpies, Louise Bourgeois, Rothko, de Kooning, Rauschenberg, etc. Joseph Campbell, écrivain et conservateur montréalais, propose sa propre vision du cheminement de la galerie : « Lallouz a exposé d’importants artistes de niveau international : Joan Jonas, Carolee Schneeman, artistes new-yorkaises de la performance ; Franz Erhard Walter de Fluxus, Jochen Gertz… Et il a fait une belle place au talent canadien : Michael Robinson, Irene Whittome, Naomi London, entre autres. » La galerie a aussi exposé des oeuvres dans la nouvelle recherche dans l’art québécois : Karilee Fuglem (installation), Nicole Jolicoeur, Sylvie Readman (photo) Anne et Patrick Poirier (photo), etc. Ainsi, dès ses débuts, en 1979, la galerie joue en quelque sorte un rôle de carrefour de tendances actuelles.

Sur les cimaises, au moment d’une visite en février 2005, l’on voyait un ensemble de panneaux de Riopelle, une grande toile aux couleurs baroques de Robert Combas, peintre de la nouvelle figuration française des années quatrevingt, un très zen et très minimaliste Robert Brown, artiste associé à la New Image de New York. L’on notait également la présence d’une suite d’oeuvres d’un humour discret de Naomi London, artiste conceptuelle montréalaise.

«La vente d’oeuvres de figures consacrées qui sont en demande telles que Riopelle par exemple, nous permet de financer des jeunes artistes », explique Samuel Lallouz. « Le rôle du galeriste est aussi d’être en relation avec des institutions, des écrivains, des communicateurs, des penseurs », ajoute-t-il. L'activité de Samuel Lallouz inclut également l’édition d’art : il a édité des livres sur Carolee Schneeman, artiste newyorkaise de la performance, sur les artistes de la photo actuelle québécoise Sylvie Readman et Anne et Patrick Poirier, entre autres.

Le galeriste travaille dans une large mesure au sein d’un marché déjà existant au Canada, en Europe, aux États-Unis : «J’aide des collectionneurs, parfois des héritiers, à restructurer leur collection », explique-t-il. À propos de la sensibilité artistique personnelle, il déclare éprouver une affinité pour le minimalisme : «Ce mouvement artistique allège toute fonction sociale, économique, à ne rien perdre… Chaque forme a son esthétique, même la brique.»

Actuellement, Samuel Lallouz s’intéresse à l’image de l’Holocauste projetée dans l’art contemporain. La galerie a récemment présenté une vision très épurée sur ce thème, en l’occurrence, celle du peintre néo-expressionniste français Marc Asch. Le photographe Edward Hillel et le concepteur Jacques Fournier proposent aussi une oeuvre (techniques mixtes) traitant de la déportation d’enfants juifs français en 1944. Pour le moment, la galerie organise quatre expositions par année. La prochaine est consacrée à l’oeuvre graphique de Monica Weiss, artiste polonaise résidant à New York.


QUÉBEC
DIVERSITÉ DES PRATIQUES
David Cantin

L’ŒIL DE POISSON
541, RUE SAINT-VALLIER EST
QUÉBEC
TÉL.: (418) 648-2975
www.meduse.org/oeildepoisson
DIRECTRICE: CAROLINE FLIBOTTE

INSTALLATIONS
ALEXANDRE DAVID, DIANE LANDRY, BGL, DOYON/RIVEST, MURIELLE DUPUIS-LAROSE, CHANTAL SÉGUIN, YANNICK POULIOT

PEINTRES
SYLVAIN BOUTHILLETTE, MARTIN BUREAU, ERIC BURMAN

PHOTOGRAPHES
NICOLAS BAIER, NATHALIE DAOUST

Avec un nom pareil, L’oeil de Poisson a toujours su se démarquer des autres centres d’artistes à Québec. Créé en 1985, ce lieu situé dans le grand complexe Méduse ne cesse de défendre un art de recherche où la peinture se mêle à la photographie, ainsi qu'à l’installation. Prêt à fêter ses vingt ans d’existence, l’endroit vient tout juste de se doter d’une nouvelle directrice en la personne de Caroline Flibotte. Comme elle le souligne elle-même, «L’oeil de Poisson se distingue encore en misant beaucoup sur des projets inédits, ce qui implique une bonne part de risque.»

D’un point de vue strictement fonctionnel, le centre a l’avantage de se diviser en deux espaces complémentaires. La grande galerie offre un espace de diffusion vaste et multiple (1 460 pieds carrés), tandis qu’une toute petite pièce à l’entrée accueille les projets in situ d’artistes très souvent en début de carrière. L’oeil de Poisson possède également un atelier de production (au premier étage du complexe Méduse) où l’on travaille le bois ainsi que le métal avec un service de techniciens compétents.

Au fil des ans, cet espace de création qui donne sur la côte d’Abraham a ouvert ses portes au travail d’artistes désormais connus: Alexandre David, Martin Bureau, Diane Landry ou encore BGL. Sans jamais s’enfermer dans un créneau trop précis, le centre mise avant tout sur la qualité des modes de production artistique actuelle et des problématiques qui forment les enjeux de l’art contemporain. Toujours selon Caroline Flibotte, «le dynamisme des membres de L’oeil de Poisson joue pour beaucoup et le centre ne cesse de soutenir la relève en accordant le prix Tomber dans l’oeil, chaque année, à un finissant au baccalauréat en arts plastiques de l’Université Laval. Plus récemment, l’endroit se dotait du prix Compas dans l’oeil (accordé à un finissant du D.E.C. en métiers d’art) puis, organisait des expositions dans le hall du théâtre le Périscope, en collaboration avec ce dernier.» Dans les mois à venir, L’oeil de Poisson compte devenir plus festif que jamais, en présentant des soirées musicales entre ses expositions.


OTTAWA
PUPILLES GUSTATIVES
David Cantin

GALERIE SAW
67, RUE NICHOLAS
OTTAWA
TÉL.: (613) 236-6181
www.galeriesawgallery.com
DIRECTEUR: STEFAN SAINT-LAURENT

Dans le but d’échapper à la queue leu leu des passants pressés par le quotidien, je pousse la porte du 67, rue Nicholas. Les photographies et les murs-écrans de l’exposition La vie en hiver qui se décline en autant d’imagespellicules, d’images qui bougent m’accueillent. Rien de plus normal dans ce lieu qui, depuis 1973 (SAW se nomme alors Sussex Annex Works à cause de son emplacement dans la rue Sussex), se veut précurseur des nouvelles tendances artistiques ; d’ailleurs, les artistes canadiens et internationaux, émergents et établis, qui y sont invités s’adonnent régulièrement à la performance et au multimédia.

Scène d’expression interdisciplinaire, la galerie Saw dans les années 80 s’est équipée de caméras, de matériel de montage, ce qui a mené à la création de Saw Vidéo, organisme maintenant indépendant. Mais lorsque je parle de « scène », c’est aussi au sens propre, celle du Club Saw – espace polyvalent équipé d’un bar – avec sa centaine de spectateurs pour qui l’art se projette en lumière sur l’écran cinématographique ou prend racine dans les gestes des performeurs qui tourneboulent la réalité.

Mes «pupilles gustatives » ayant fait leur plein d’émerveillement, je m’en retourne à la cité noire et blanche, mais laisse la porte entrouverte me rappelant que l’une des priorités de la Galerie Saw est de développer de nouveaux publics et autant de collaborations avec les différentes communautés artistiques de la région, et j’ai nommé : la musique, la danse, le cinéma. Ainsi, ils pourront se glisser plus facilement à l’intérieur, s’apprivoiser, se métisser pour le plaisir des passants les plus curieux.


TORONTO
PUPILLES GUSTATIVES
Lara Levenson

GALERIE GIBSONE JESSOP
4 DISTILLERY LANE, 55 MILL STREET
TORONTO
TÉL.: (416) 360-6800
www.gibsonejessop.com
PROPRIÉTAIRE: DEREK JESSOP

GUO HUI XIAO, VALERIE ZWART, MARILYN MCAVOY, IWONA ABRAMS, SALVATORE FIORELLO, ALLISTER FOSTER, CAROLINE LIST, NICK ARCHER, WILHELM FINGER, PEREGRINE HONIG, CHARLES GREEN ET LYNDELL BROWN, JAMES MCGRATH, LESLIE PARKE, JENNY POCKLEY, NINA STEN-KNUDSEN, MITCHELL WIEBE

Située dans le très touristique, mais non moins charmant Distillery District, la galerie Gibsone Jessop s’est investie de tout un mandat. Faire découvrir au public canadien des artistes exclusivement internationaux. Son directeur, Derek Jessop, voyage partout en Europe, en Australie, et un peu aux États-Unis pour découvrir des artistes, connus, mais pas trop, prometteurs, mais pas débutants et surtout qui ont «une voix authentique». Ouverte depuis novembre 2003, la galerie représente une petite vingtaine d’artistes qui exposent tous pour la première fois au Canada. Vous n’y trouverez pas de photographie ni d’art conceptuel, Derek n’y croit pas. Il choisit ses toiles selon des critères très stricts: une technique éprouvée, une excellente connaissance de l’histoire de l’art, une grande originalité et surtout un élément de surprise. Surprenantes, en effet, sont les oeuvres du Chinois Guo Hui Xiao, qui mélange Renaissance florentine, fonds pastel, corps disproportionnés, détrempe à l’oeuf et peinture à l’huile pour créer un univers ludique.


TORONTO
UNE MINE D’OR À PETITS PRIX
Lara Levenson

ART INTERIORS
446, SPADINA ROAD, SUITE 205
TORONTO
TÉL.: (416) 488-3157
PROPRIÉTAIRES: LISA DIAMOND ET SHIRA WOOD

DIONNE SIMPSON, NANCY KEMBRY, CYBELE YOUNG, CARL BEAM, J.J. LEE

En ouvrant cette galerie, il y a 11 ans, les deux jeunes propriétaires s’étaient donné comme objectif d’offrir des tableaux qui seraient accessibles et abordables. Leur credo : « Acheter une oeuvre originale ne doit pas nécessairement être motivé par un investissement. On peut le faire par pur plaisir. » Mission accomplie ! On trouve dans cette caverne d’Ali Baba, perchée au 2e étage d’un édifice du très chic Forest Hill Village, une vaste sélection de peintures, de collages, de photographies choisis avec goût et à des prix variant entre 35 et 4 000 dollars. Quelque 1 500 artistes, exclusivement canadiens, y sont exposés. Certains sont tout jeunes, d’autres plus établis. Ici, toutes les toiles sont présentées en vrac et il faut s’accroupir, se pencher, se hisser, chiner, fouiller, pour dénicher l’oeuvre qui viendra donner vie à son mur ou à celui de ses amis. L’endroit est, en effet, un petit paradis pour celui qui veut troquer les traditionnels bouquet de fleurs ou boîte de chocolats, pour un cadeau unique et personnalisé. En outre, la galerie offre également un service d’encadrement sur place, utile pour repartir avec son petit bijou sous le bras.

N° 198, printemps 2005

© 2005 Vie des Arts