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[ NUMÉRO EN KIOSQUE ] NUMÉROS ANTÉRIEURS ABONNEMENT
 
La Maison de Marta Pintuco, 2001
Huile sur toile
172,1 x 200 cm
Collection particulière
 
 
 
Le Mur (L’Exécution), 2004
Huile sur toile
53,3 x 43,2 cm
Collection particulière
 
 
 
D’Après Vélasquez, 2005
Huile sur toile
201 x 170 cm.
Collection particulière
 
 

N° 206, printemps 2007

[ A R T   A C T U A L I T É ]  P E I N T U R E

BOTERO
JE SUIS UN ARTISTE FIGURATIF…
Corine Bolla-Paquet

«JE CROIS VRAIMENT QUE TOUT ART S’INSCRIT DANS LA TRADITION D’UN ENDROIT PUIS D’UN PAYS ET DONC QU’IL A FORCÉMENT DES RACINES ….ET APRÈS, L’ART EST UNIVERSEL…»

LA RÉTROSPECTIVE QUE LE MUSÉE DES BEAUX-ARTS DU QUÉBEC CONSACRE À FERNANDO BOTERO ET INAUGURÉE EN PRÉSENCE DU PEINTRE, PRÉSENTE LES MULTIPLES FACETTES DE L’OEUVRE DE L’UN DES ARTISTES LES PLUS COTÉS AU MONDE DONT LE SUCCÈS COMMERCIAL EST IMMENSE MAIS DONT LE STYLE « DÉCORATIF» A ÉTÉ ÉGALEMENT LA CIBLE D’UNE PARTIE DE LA CRITIQUE D’ART ÉTABLIE. OUTRE QUELQUES SCULPTURES MONUMENTALES, LA CENTAINE DE PEINTURES, PASTELS ET DESSINS COMPOSÉS DE PORTRAITS, NUS ET NATURES MORTES, PERMETTENT D’APPRÉCIER LES TALENTS DE COLORISTE DE L’ARTISTE, SON SENS DE LA COMPOSITION, L’INFLUENCE DES MURALISTES MEXICAINS, RIVERA, OROZCO ET CELLE DES GRANDS MAÎTRES EUROPÉENS TELS QUE VELASQUEZ, GOYA, TITIEN OU ENCORE PIERRO DELLA FRANCESCA. DANS L’UNIVERS BAROQUE DE FERNANDO BOTERO, CE SONT SURTOUT LES TABLEAUX AUX THÈMES TRAGIQUES QUI FASCINENT LES OBSERVATEURS. ILS RÉVÈLENT UNE TRAME SOCIALE EMPREINTE DE VIOLENCE POLITIQUE ET DOMESTIQUE QUI TÉMOIGNE DE LA VIOLENCE QUOTIDIENNE DE LA COLOMBIE OÙ IL NE VIT PLUS DEPUIS 1994 MAIS AUSSI DE LA GUERRE EN IRAK. AU TERME DE LA VISITE GUIDÉE DE CETTE RÉTROSPECTIVE COMMENTÉE PAR L’ARTISTE ET LE CONSERVATEUR DAVID ELLIOTT, BOTERO A RÉPONDU AUX QUESTIONS DE VIE DES ARTS.

Vie des arts : À la fin des années 70, lors d’une exposition que vous consacrait alors la galerie Claude Bernard à Paris, Marc Fumaroli liait votre univers pictural à celui de l’enfance. Dans quelle mesure êtes-vous d’accord avec cette analyse ?

Botero : Non, je ne suis absolument pas d’accord. Le fait que mon style soit figuratif ne peut, en aucune façon, être relié à l’enfance ni d’ailleurs être destiné aux enfants. Ma démarche s’inscrit à partir de choix esthétiques délibérés pas toujours compris. Vous voyez, je dirais également que je considère certaines pratiques liées à l’art d’aujourd’hui fort obscures et parce qu’obscures destinées à un public restreint. D’autre part, bien des manifestations de l’art abstrait me paraissent aujourd’hui et, dans bien des cas, relever d’une esthétique ou d’un style excessivement décoratif.

Vie des arts : Certains critiques d’art ont tracé des parallèles entre votre oeuvre picturale et l’oeuvre littéraire de Garcia- Marquez. Qu’en pensez-vous ?

Botero : Je connais Garcia-Marquez depuis des années. Le fait que l’on soit colombien tous les deux est une chose mais on relie à tort mon univers pictural à son univers littéraire qui est empreint de ce qu’on appelle le « realismo magico ». Dans le «realismo magico », il y a des choses qui se passent… des gens qui flottent dans les airs …Dans mon travail, il n’y a rien de cela, il y a peut-être quelquefois des choses improbables mais rien de ce que je pourrais qualifier de surréaliste. Ça, c’est une différence absolument fondamentale.

Vie des arts : Outre les références telles que les drapeaux de votre pays qui apparaissent quelquefois dans vos toiles, quels sont les aspects les plus typiquement colombiens de vos oeuvres et les aspects les plus universels ?

Botero : Tout art, au début, est, selon moi, local voire national. On peut penser, par exemple, à l’impressionnisme que je rattache essentiellement à l’art français du XIXe siècle. Je crois vraiment que tout art s’inscrit dans la tradition d’un endroit puis d’un pays et donc qu’il a forcément des racines ….et après, l’art est universel parce qu’il y a quelque chose qui attire l’homme comme la couleur, le dessin, la composition ou même le sujet abordé et…. la notion de plaisir qui s’exprime devant un beau dessin, une atmosphère bien rendue. Il y a certainement des choses auxquelles les hommes sont sensibles…. Si l’on regarde, par exemple, un tableau d’Hokusai, même si l’on ne connaît pas l’art japonais de cette époque, on ne peut être que fasciné. Mais il y a une différence entre art universel et art international : cet art qui est interchangeable d’un pays à un autre. Ça, je suis contre car je pense que l’art doit d’abord avoir des racines pour atteindre l’universel.

Vie des arts : Quels sont vos modèles et comment les choisissez-vous ? Vous servez-vous de photos, de modèles vivants pour vos oeuvres?

Botero : Je n’ai jamais travaillé avec des modèles. Un modèle pour moi constituerait une limitation à ma liberté de dessiner ou de peindre. Je n’ai jamais posé trois objets sur une table pour faire une nature morte. Je ne me suis jamais placé, non plus, dans un endroit particulier pour reproduire un paysage. En réalité, je n’ai besoin de rien devant moi. Mes choix de personnages sont arbitraires et tous sont le fruit de mon imagination.

Vie des arts : La critique sociale et politique est souvent empreinte d’humour dans vos oeuvres. À cet effet, j’aimerais savoir si votre exposition de 2006 à New York sur Abu Ghraib, dont on retrouve quelques toiles dans cette rétrospective qui vous est consacrée, marque un tournant dans votre vision du monde?

Botero : J’ai fait, pendant les années 60, des tableaux critiques et satiriques des dictatures et des militaires. Après, j’ai peint une série de toiles sur le drame de la violence en Colombie qui se trouve au Musée National de Bogota. Bien sûr, j’ai aussi été dérangé, frappé par le cas de ces prisonniers iraquiens torturés à Abu Ghraib. J’ai été littéralement habité par ces images. Ce sont des choses qui se font parce qu’on est motivé, mais ce sont aussi des parenthèses dans une oeuvre. Après, on retourne aux sujets de toujours. Pensez à Picasso, il a fait de nombreux tableaux de Dora Maar dont il était amoureux puis d’autres personnages, des natures mortes et, au milieu de tout ça, il a peint Guernica.

Vie des arts : Comment vous situez vous dans l’art contemporain ?

Botero : Je ne me situe pas. Ce sera aux autres de me placer et ça leur donnera beaucoup de problèmes car je ne fais pas d’expressionnisme, ni de classicisme et encore moins de réalisme. Je fais ce que je dois faire. Dans l’art contemporain, je suis un artiste figuratif et c’est tout ce que je peux dire. Vie des Arts: Monsieur Botero, vous avez la réputation d’être le plus grand collectionneur de vos oeuvres, est-ce toujours le cas ?

Botero : Oui, c’est vrai, j’ai beaucoup de mal à me séparer de mes oeuvres et j’ai, chez moi, de nombreux tableaux de différentes époques. Mais je fais aussi des cadeaux. J’ai donné plus de deux cents oeuvres à mon pays. Mais, une par une, je n’aime pas vendre mes tableaux, même s’il faut bien les vendre pour vivre.

NOTICE BIOGRAPHIQUES
EST-IL ENCORE POSSIBLE DE PRÉSENTER BOTERO ? CES PERSONNAGES GIGANTESQUES SONT ENTRÉS DANS LA LANGUE, À TELLE ENSEIGNE QUE L’ON PARLERA D’UN BOTERO COMME AUTREFOIS D’UN RUBENS POUR DÉSIGNER UN PERSONNAGE FÉMININ CORPULENT. À LIRE LA LISTE DE SES EXPOSITIONS PRÉSENTÉES DANS CHACUN DES CATALOGUES QUI LUI EST CONSACRÉ, IL APPARAÎT CLAIREMENT QUE LES OEUVRES DE L’ARTISTE COLOMBIEN ONT ÉTÉ EXPOSÉES DANS LES PLUS GRANDS MUSÉES DU MONDE. AYANT EU ASSEZ RAPIDEMENT, DÉS LE DÉBUT DE SA CARRIÈRE, UN SUCCÈS COMMERCIAL, NON DÉMENTI À CE JOUR, IL FUT REPRÉSENTÉ À NEW YORK PAR LA GALERIE MALBOROUGH DANS LES ANNÉES 1970, AU MÊME TITRE QUE ROTHCO ET BACON, ET LE MUSÉE D’ART MODERNE DE NEW YORK LUI ACHETA UNE DE SES OEUVRES, AU DÉBUT DES ANNÉES 1960. INCLASSABLE POURTANT, BOTERO DÉRANGE. L’HISTORIEN DE L’ART COLOMBIEN RUBIANO CABALLERO PEINE À LE CLASSER DANS LES ARTISTES DE LA NOUVELLE FIGURATION SUD-AMÉRICAINE ET ROSALIND KRAUSS, EN 1999, N’HÉSITE PAS À DÉCLARER QUE, SELON ELLE, L’OEUVRE DE BOTERO NE REPRÉSENTE QUE PEU D’INTÉRÊT POUR L’ART CONTEMPORAIN. ON DOIT À L’EXCELLENT CATALOGUE DE JOHN SILLEVIS1 QUI ACCOMPAGNE L’EXPOSITION DU MUSÉE DES BEAUXARTS DE QUÉBEC, LE MONDE BAROQUE DE FERNANDO BOTERO, UNE ANALYSE EXTRÊMEMENT INTÉRESSANTE SUR LA CARRIÈRE DE L’ARTISTE ET LES RAISONS QUI EXPLIQUENT LE DÉSAVEU DE SON OEUVRE PAR UNE FRANGE DE LA CRITIQUE D’ART CONTEMPORAIN.

CATALOGUE
JOHN SILLEVIS
DAVID ELLIOTT ET EDWARD SULLIVAN
435 REPRODUCTIONS EN COULEUR
ÉDITEUR: ART SERVICES INTERNATIONAL ASSOCIÉ AVEC YALE
UNIVERSITY PRESS (NEW HAVEN AND LONDON), 2007
292 PAGES

UN IMPORTANT CATALOGUE ACCOMPAGNE L’EXPOSITION THE BAROQUE WORLD OF FERNANDO BOTERO. IL COMPREND UNE BROCHURE INTITULÉE L’UNIVERS BAROQUE DE FERNANDO BOTERO COMPOSÉE DE LA VERSION FRANÇAISE DES ESSAIS DU CATALOGUE PRÉCÉDÉE D’UNE PRÉSENTATION DE JOHN PORTER, DIRECTEUR DU MUSÉE NATIONAL DES BEAUX-ARTS DU QUÉBEC. LE CATALOGUE RAPPELLE LES SOURCES D’INSPIRATION DE BOTERO. JOHN SILLEVIS, LE COMMISSAIRE PRINCIPAL DE L’EXPOSITION, SOULIGNE L’INFLUENCE DU BAROQUE COLONIAL LATINO-AMÉRICAIN ; DAVID ELLIOTT, COMMISSAIRE ADJOINT, ÉCLAIRE LES SOURCES DE LA COLÈRE DE L’ARTISTE; EDWARD J. SULLIVAN EXPLICITE SES STRATÉGIES CRITIQUES QUI TÉMOIGNENT DES DIVERSES FORMES D’ENGAGEMENT DE BOTERO. LE CATALOGUE NE SE CONTENTE PAS DE REPRODUIRE ET DE COMMENTER LES QUELQUE CENT OEUVRES DE L’EXPOSITION, IL LES PLACE EN PARALLÈLE AVEC LES SOURCES D’OÙ ELLES ONT TIRÉ LEUR ORIGINE ET LEUR ORIGINALITÉ. ON TROUVERA ÉGALEMENT UNE BIOGRAPHIE CHRONOLOGIQUE DE D’Après Vélasquez, 2005 BOTERO, AINSI QU’UNE SÉLECTION BIBLIOGRAPHIQUE.

EXPOSITION
L’UNIVERS BAROQUE
DE FERNANDO BOTERO

Commissaire: M. John Sillevis,
conservateur, Gemeentemuseum,
La Haye (Pays-Bas)

Musée des beaux-arts du Québec
Parc des Champs-de-Bataille
Québec
Tél. : 418 643-2150
Tél. : 1 866 220-2150
www.mnba.qc.ca
Du 25 janvier au 22 avril 2007

1 The baroque world of Fernando Botero, John Sillevis with contribution by David Elliott, Edward J. Sullivan, Art services international with Yale University Press, New Haven and London, 2006, 283pages.

N° 206, printemps 2007

© 2007 Vie des Arts