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N° 214, printemps 2009
[ D O S S I E R S U R F A C E ]
Bernard Lévy
Comment parler de certaines peintures actuelles sinon en exprimant ce qu’elles ne sont pas? Elles ont en commun de révéler quelque chose par soustraction, par effacement. Il en va ainsi des oeuvres récentes de François Jeune, de Jean-Pierre Larocque et de Marc Garneau. Chacun à sa manière, ces artistes ont mis au point des procédés, voire des méthodes, qui déclenchent un processus de révélation, de dévoilement. Le choc, c’est d’observer non pas ce que montrent mais ce dont témoignent les images qui surgissent dans un apparent ordre chaotique sur des surfaces qui, tout en demeurant des surfaces picturales, n’en sont plus vraiment…

Surfaces ? Elles nient leur statut d’étendues planes. Avec leurs superpositions de strates, de couches, de pellicules, de plans, de champs divers, elles revendiquent leur qualité d’étagement, en un mot une profondeur. Dans ces conditions, l’art consiste à voir ce que cache la surface, à explorer ce qu’il y a dessous. Travail de fouilles, d’archéologie, de spéléologie : voilà à quoi s’emploient les artistes.
Mais qu’est-ce qu’il y a dessous sinon quelque chose qui préalablement y a été déposé ? Voilà qu’en manipulant l’espace pictural et qu’en s’ingéniant à y retrouver du passé, le temps explose à la surface et se métamorphose en vision de l’avenir. L’oeuvre d’art annonciatrice des temps futurs ? Vieille question ? Pari risqué ? Non, pari à risquer.
Pour rendre le mieux possible les sensations de soustractions et d’effacement que provoquent les tableaux de François Jeune, Jean-Pierre Laroque et Marc Garneau, les articles qui composent ce dossier ont été rédigés en privilégiant des structures stylistiques qui jouent sur des variations privatives et négatives. Lisez : vous verrez.
N° 214, printemps 2009 |
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