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N° 214, printemps 2009
[ P L E I N S F E U X ]
LES 20 ANS DE LA GALERIE SIMON BLAIS
Bernard Lévy
– Coups de coeur : une exposition collective intitulée La rencontre réunit une trentaine d’artistes – Une exposition d’oeuvres de 15 jeunes artistes émergents provenant des cinq grandes régions du Canada – Une exposition d’oeuvres de maîtres et d’estampes qu’elles ont inspirées à quelques artistes de la galerie – L’attribution pour la première fois du Prix Sylvie et Simon Blais suivi d’une exposition solo de son lauréat. Tels sont les moments marquants qui vont ponctuer le 20e anniversaire de la galerie Simon Blais

Simon et Sylvie Blais
La galerie Simon Blais est l’une des plus florissantes galeries d’art du Québec. Le succès qu’elle connaît est le résultat de considérables efforts qui s’échelonnent sur vingt ans. En dépit de la crise financière et économique qui secoue la planète entière, ses propriétaires, Sylvie et Simon, ont décidé de célébrer le 20e anniversaire de leur entreprise avec éclat. Ils ont établi un programme qui comporte une série d’activités publiques qui rappellent un peu le chemin parcouru mais aussi, et surtout, une suite d’initiatives annonciatrices de nouvelles pistes de développement.
Tout a commencé il y a beaucoup plus que vingt ans. Simon Blais mentionne qu’il a d’abord travaillé pendant dix ans à la galerie l’Atelier 68. « C’était une galerie, précise-t-il, où sur le plan proprement artistique l’on vendait des estampes principalement réalisées par des artistes en vogue en France : Friedlander, Sonia Delaunay, Tal Coat, Hartung… J’y ai appris les techniques de gestion et de mise en marché des oeuvres d’art. Formé en anthropologie, j’en ai profité aussi pour approfondir mes connaissances en histoire de l’art. » En quittant l’Atelier 68, Simon Blais prend la décision d’ouvrir sa propre galerie. Sylvie, sa femme, alors diététiste, décide de se joindre à l’aventure.
Dans la galerie installée rue Clark, en 1989, Simon Blais commercialise d’abord des gravures. Le choix s’imposait d’autant plus qu’au début des années 90 le marché de l’art s’est effondré. Il était donc judicieux de conquérir une clientèle que n’effaroucheraient pas des prix élevés. Et, heureuse conjoncture, dans le sillage de l’esprit insufflé par Albert Dumouchel, le Québec traversait alors une période particulièrement féconde pour la gravure avec, parmi d’autres, les productions des artistes qui travaillaient dans la mouvance de centres bien implantés, comme Graff ou la Guilde Graphique, et de l’Atelier Circulaire qui comptait déjà cinq années d’activités.
LES ANNÉES DE SURVIE
Il était difficile de se limiter à la gravure. Au cours des années 90, tout en recrutant de jeunes artistes, c’est du côté des artistes désormais inscrits dans l’histoire de l’art moderne du Québec et notamment de l’abstraction que se tourne la galerie : Marcelle Ferron, Lise Gervais, Rita Letendre, Louis Jaques, Guido Molinari, André Jasmin, Jean Goguen, Louis Belzile, Jean-Paul Jérôme, Henriette Fauteux-Massé… Leurs oeuvres répondent à l’engouement que leur témoignent beaucoup d’amateurs et de collectionneurs, engouement qui ne se dément pas aujourd’hui. Néanmoins, Simon et Sylvie considèrent cette période comme celle des « années de survie ».
Mais dès ce moment, ils comprennent qu’il est insuffisant d’attendre passivement le visiteur dans la galerie ; il s’agit d’aller vers le public. Voilà pourquoi la galerie Simon Blais manifeste sa présence dans les festivals et les foires (Mascouche, Entrée libre à l’art contemporain). Voilà aussi pourquoi l’équipe de la galerie participe à des projets conjoints avec des centres régionaux (Drummondville, Rouyn-Noranda).
Forcés de déménager la galerie en 2002, ils prennent le risque d’occuper des locaux beaucoup plus vastes dans un quartier décentré, celui du Mile-End. Bonne décision puisque la galerie située au 5420, boulevard Saint-Laurent ouvre une période particulièrement fructueuse qui se poursuit toujours.
Évidemment, le succès d’une galerie repose sur le choix des artistes qu’elle représente. Là-dessus, Sylvie et Simon n’ont pas de recette. Ils se fient certes largement à leurs goûts personnels. « Mais ce n’est pas tout, s’empresse d’indiquer Sylvie, dans le cas de jeunes artistes, il faut autant que possible s’assurer qu’il ou qu’elle manifeste assez de souffle et de constance pour mener une carrière qui va s’étendre sur de longues années. Et puis, il y a encore quelque chose de totalement subjectif qu’on appelle la chimie. » C’est donc un peu sur ces bases qu’ont été recrutés des artistes comme Carol Bernier, Julie Ouellet, Dominique Goupil, Stéphanie Beliveau, Élaine Excoffier, Catherine Farish, Violaine Gaudreau, Jean-Sébastien Denis. Au fil des années, bien sûr, des artistes confirmés se sont ajoutés : Irène Whittome, Louise Robert, Pierre Blanchette, François Vincent, Michel Campeau, Bertrand Carrière, Serge Clément, Michel Goulet, Peter Hoffer, François Xavier Marange, Marc Séguin… Une oeuvre de la plupart de ces artistes fait partie de l’exposition collective 20e anniversaire La rencontre (du 22 avril au 6 juin 2009).
La galerie représente aujourd’hui des artistes de très grande notoriété : Françoise Sullivan, Roseline Granet, Rita Letendre, Denis Juneau, Jacques Hurtubise, Michel Goulet. Enfin, il y a les artistes dont le nom est passé à l’histoire : Jean Paul Riopelle, Marcelle Ferron, Edmund Alleyn, Charles Daudelin, Jean McEwen.
PÉRENITÉ
L’une des clés du succès consiste à miser sur la durée. À cette fin, se garder de suivre des tendances qui ne sont que des modes forcément passagères. Il se trouve que c’est aussi l’attitude de la plupart des collectionneurs : les meilleurs clients. À ce sujet, il faut savoir que le rayonnement de l’oeuvre d’un artiste ne s’éteint pas avec la disparition de l’artiste. Encore faut-il entretenir sa mémoire. Cette mission relève, bien sûr, des musées mais les héritiers doivent y apporter leur contribution. Malheureusement, la plupart du temps, ils n’ont pas le temps, ni les connaissances pour la mener à bien. Ce travail de délicate gestion, Simon Blais s’en acquitte avec doigté auprès, par exemple, des membres des successions Riopelle, McEwen, Ferron, Alleyn.
Si dans les propos de Simon et de Sylvie des mots comme art ou création reviennent souvent, des mots comme marché, vente ou client sont aussi fréquents. L’un et l’autre ne perdent pas de vue qu’une galerie c’est une entreprise commerciale. Ils se perçoivent clairement comme des marchands. Le mot marchand d’art a perdu le lustre qu’il avait du temps des Ambroise Vollard, Paul Guillaume ou Daniel-Henri Kahnweiler mais n’en traduit pas moins toujours l’activité vitale des galeristes aujourd’hui.
UN TRAVAIL D’ÉQUIPE
Acheter, vendre : soit. Mais ce n’est pas tout. Collectionner représente une activité importante pour Simon et Sylvie. D’ailleurs, ils n’hésitent pas à acquérir pour eux-mêmes certaines des oeuvres des artistes pour lesquels ils montent des expositions. Parallèlement, ils courent les foires, les ventes aux enchères à la recherche de pièces originales. Cette liberté de mouvement, Simon Blais l’a toujours revendiquée. C’est pourquoi il s’est toujours entouré d’une équipe de collaboratrices et de collaborateurs auxquels il confie d’importantes responsabilités. On n’imagine pas la multiplicité et la complexité des tâches quotidiennes d’un galeriste : négociation par téléphone ou par courriel, planification des expositions, production de catalogues, achat de publicités, accueil des visiteurs, contrat de vente, livraison d’oeuvres (empaquetage ou emboîtage), transport, contrat d’assurance, facturation, relations avec les fournisseurs (rédacteurs, graphistes, imprimeurs), comptabilité, suivi auprès d’un éventuel acheteur, entretien du site Internet… En déléguant quelques-unes de ces fonctions, Simon Blais peut se consacrer, par exemple, au rayonnement de certains de ses artistes à l’extérieur du Québec et à l’étranger. Mais comme cela ne lui suffit pas, il avoue : « J’ai besoin de réaliser des projets, de découvrir de nouveaux artistes. »
En effet, vitaliser la mémoire des fondateurs de la modernité québécoise et canadienne, tout comme renforcer la notoriété des artistes reconnus constituent des activités qui présentent l’avantage de rassembler une base de collectionneurs et de clients réguliers et, par là, garantissent une certaine stabilité à la bonne marche de la galerie.
Encore faut-il se préoccuper de la « mémoire de l’avenir ». Sylvie et Simon se fient à leur propre intuition pour repérer de jeunes talents. Cependant, cette année, ils ont distribué ce rôle à Robert Enright qu’ils ont chargé de préparer une exposition collective de jeunes artistes émergents canadiens (18 novembre-24 décembre 2009). De plus, par le biais de la Fondation Sylvie et Simon Blais, ils ont instauré un concours arbitré par un jury dont l’objectif est de promouvoir et de diffuser le travail d’un artiste de la relève. À cette fin, le prix Sylvie et Simon Blais pour la relève en arts visuels qui sera décerné pour la première fois en mai 2009 à une étudiante ou à un étudiant du niveau de la maîtrise d’une université québécoise, vaudra à son lauréat une bourse de 1 500 $ assortie d’une exposition solo au mois d’août 2009 à la galerie Simon Blais.
UNE MAISON D’ÉDITION
La galerie Simon Blais se double d’une maison d’édition. L’équipe qui anime la galerie accompagne la plupart des expositions d’un catalogue. Mais, parallèlement, elle publie des ouvrages originaux. Les plus récents s’intitulent Quêtes, livre d’artiste tiré à 25 exemplaires avec des gravures originales de Carol Bernier et Quêtes d’absolus. Ce dernier se compose d’un livre et de disques. Il réunit des contributions de Jean-Jacques Nattiez (essai), Pierre Boulez (texte et partition), Yves Bonnefoy (voix et poèmes), Carol Bernier (images), Jonathan Goldman (essai), Jeanne-Marie Conquer (violon) et Kathleen Ferrier (voix). Enfin, les bénéfices qui seront tirés de la vente du catalogue souvenir de l’exposition La rencontre seront versés au profit de Émergo, organisme qui s’emploie à aider les parents d’enfants autistes.
D’une année à l’autre, la programmation de la galerie Simon Blais s’efforce de maintenir un équilibre fondé sur un pluralisme entre les générations d’artistes, entre les champs disciplinaires (peinture, dessin, estampes, photographie, sculpture), ainsi qu’entre les types de productions : art conceptuel, abstraction géométrique et gestuelle, figuration narrative. Ces choix contribuent à la notoriété de l’entreprise. Depuis peu, l’ouverture à l’art africain, ainsi que les expositions d’oeuvres de maîtres de l’étranger (Tapiès, Zao Wou Ki) ont élargi la réputation de la galerie hors des frontières nationales. Enfin, s’ajoutent le soin apporté à l’accrochage, ainsi que l’accueil chaleureux offert aux visiteurs, suprêmes marques de distinction.
Galerie Simon Blais
5420, boul. Saint-Laurent
Montréal
Tél. : 514 849-1165
simon@galeriesimonblais.com
Du mardi au vendredi, de 10 h à 18 h,
et le samedi, de 10 h à 17 h
Direction : Sylvie et Simon Blais
Équipe : François Babineau, Catherine
Léonard, Ève Dorais, Paul Bradley |
N° 214, printemps 2009 |
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