Profil Équipe Partenaires Nouvelles brèves Contacts
[ NUMÉRO EN KIOSQUE ] NUMÉROS ANTÉRIEURS ABONNEMENT
 

Bernard Lévy
Rédacteur en chef

 
 
     
 
 

N° 214, printemps 2009

[ E D I T O R I A L ]

 

MÉDIATIONS
ENTRE L’ART ET LE PUBLIC
Bernard Lévy
Rédacteur en chef

Une carrière qui s’étend sur plus de quatre décennies représente en soi une fabuleuse performance. C’est celle qu’a accomplie Pierre Théberge qui a quitté la direction du Musée des beaux-arts du Canada au mois de décembre 2008. Vie des Arts a souvent rendu compte des audacieuses initiatives de Pierre Théberge ; nous lui avons même donné l’occasion dans nos pages de définir et d’illustrer la conception qu’il se fait du rôle de directeur de musée. Sans doute lui reviendra-t-il, s’il en a le désir et le loisir, d’examiner rétrospectivement un jour les circonstances qui ont déterminé certaines de ses activités professionnelles. Constance Naubert-Riser a plutôt eu l’idée d’inviter quelques-unes des personnes qui ont travaillé avec Pierre Théberge, à se risquer à esquisser quelques traits du tempérament de cet homme. Il en émerge la figure d’un homme discret que nourrit souvent une intense réflexion qui sert d’assise à des décisions toutes tendues au service d’une action : acquisition d’oeuvres, publications, choix d’expositions. Car c’est bien la figure d’un homme d’action qui se dégage des témoignages que vous lirez. J’ai eu moi-même le plaisir de croiser Pierre Théberge et, si je n’avais à ne retenir qu’un aspect de ce qui a orienté l’ensemble de ses travaux, je dirais que c’est le souci d’instaurer une présence aussi bien aux oeuvres du passé qu’à celles annonciatrices de temps futurs. À cet égard, sans doute incarne-t-il aussi une sorte de modèle de directeur de musée tel qu’on le conçoit aujourd’hui : le médiateur idéal entre l’art et le public.

UN FIL À SUIVRE
Les fibres (fils ou tissus), qu’elles soient végétales, animales, synthétiques ou artificielles, qu’elles se présentent sous la forme de tubulures de plastique, de tiges métalliques, de lanière de cuir, de bandelettes de papier, de poils ou de cheveux, partagent la propriété d’allier au sens de la vue celui du toucher, voire celui de l’odorat et de l’ouïe. Elles se prêtent à toutes les formes de traitement imaginables : couture, tissage, broderie, maillage, tressage, pliage, froissage, entrelacs, moulage, teinture, gaufrage... L’art de la fibre qui est une sorte de source à l’art textile qu’il enracine et prolonge, s’intègre à tous les modes d’expression propres aux arts visuels qui eux-mêmes s’amalgament et s’autonomisent : peinture, sculpture, installation, vidéo, performance, médias… Il se trouve que les artistes de la fibre et du textile constituent un milieu en effervescence. Ils sont répartis dans divers lieux : centres, musée, université. Ils prennent part à toutes sortes d’activités : ateliers, interventions in situ, expositions. Leurs productions sont variées, fécondes, originales, déroutantes, innovatrices, réjouissantes, expérimentales, contestatrices… Bref s’imposait la nécessité de présenter quelques lieux de regroupement, quelques manifestations essentielles, quelques artistes : voilà à quoi répond le dossier Art de la fibre qu’a coordonné Marie Ginette Bouchard. Nécessité que vient mettre en relief Le mois des arts de la fibre et du textile (du 1er avril au 3 mai) qui s’inscrit au sein de l’Année internationale des fibres naturelles décrétée par l’ONU.

PEINTURE? PEINTURE!
Coïncidence : trois peintres qui présentent presque simultanément des expositions de leurs récentes productions réinterrogent les potentialités de la peinture. François Jeune, Marc Garneau et Jean-Pierre Larocque explorent, en fait, les qualités propres au recouvrement puis au creusage de la surface peinte. Surprise : ils s’aperçoivent tous qu’ils ne peuvent faire l’économie du dessin. Ils pensaient l’esquiver ; le voilà qui littéralement surgit et témoigne de la profondeur (au propre et au symbolique) de la peinture. Que chacun d’eux rende visibles des personnages tirés d’un rêve, tout un bestiaire ou les signes d’une écriture protohistorique témoigne bien sûr de la complexité de leur démarche respective mais aussi de l’importance de la surface ou du support (papier, toile, bois) dans le dialogue avec l’espace pictural.

Il y a bien d’autres sujets d’émerveillement dans les pages de ce numéro de printemps de Vie des Arts. Je vous laisse le soin de les découvrir vous-même. Bonne lecture.

N° 214, printemps 2009

© 2009 Vie des Arts