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Bernard Lévy
Rédacteur en chef

 
 
     
 
 

N° 216, automne 2009

[ E D I T O R I A L ]

PLUS JEUNE QUE ÇA…
Bernard Lévy
Rédacteur en chef

Contrairement à d’autres formes d’expression artistique comme la danse ou le jeu dramatique où le talent va de pair avec la jeunesse, les arts visuels exigent souvent de ceux qui s’y adonnent de longs délais avant que ne se déploie la maturité. Ce numéro de Vie des Arts en offre une éclatante démonstration. Certains des artistes que l’on y met en vedette ont atteint des âges vénérables. Pourtant leurs oeuvres éclatent de fraîcheur, de puissance, d’originalité, de profondeur et… de jeunesse. Tout d’abord, elles prennent leurs distances avec toutes les conventions. Et puis, subtiles et fortes à la fois, leur fini atteste qu’elles se sont dégagées du stade expérimental qui est bien souvent le lot des productions des artistes plus jeunes et dont beaucoup, faute d’aboutir, abandonneront le métier.

Art actuel, art contemporain, art moderne : les « vieux » artistes ne se soucient guère de ces appellations ; ils font des oeuvres qui appartiennent au monde de l’art. Ce qui les préoccupe, c’est l’art tout court. Non qu’ils ne soient pétris de doute les Frans Krajcberg (88 ans), Jim Dine (74 ans), Mario Merola (78 ans), René Derouin (73 ans), Thomas Nozkowski (65 ans), Érik Desmazières (61 ans), Philippe Lacelin-Bellefleur (71 ans). Le doute, justement, attise chez eux comme chez tout artiste, le feu créateur. La différence avec leurs cadets tient à la maîtrise de leur langage et à la paradoxale indépendance de leurs innovations. Ils ne sont plus inféodés aux diktats des écoles de pensée dominante. Ils ne s’inquiètent pas de transgresser ou non quelque idéologie que ce soit ; ils s’efforcent, au contraire, de respecter la cohérence qu’ils impriment à leur métier et à la pensée qui le soutient.

Naturellement, une place importante est accordée dans ce numéro à de nombreux jeunes créateurs dans les domaines les plus variés : photographie, vidéo, textile, arts multimédias, etc. Les « biennales » de l’été et de l’automne auxquelles nous consacrons une section en témoignent largement.

L’INSUPPORTABLE CLIVAGE

Mais ce n’est pas tant le parti pris en faveur d’artistes âgés (ce qui serait un brin provocateur) au détriment d’artistes débutants ou fraîchement émoulus des départements d’arts visuels des universités qu’il faut considérer ici. Non, ce que je déplore plutôt c’est l’insupportable clivage qui scinde le milieu des arts visuels entre les tenants de l’art dit « actuel » voire « contemporain » défini comme un genre en soi avec ses normes, ses codes, ses conventions (comme tout académisme), souvent affublé d’une quincaillerie technologique qui se résume dans la plupart des cas au recours à des logiciels et à des jeux de lentilles optiques déformantes.

Ce qui est en cause, c’est l’appropriation par leurs aficionados de la vérité (bien temporaire et bien illusoire) de l’expression artistique, c’est aussi la constitution d’une sorte d’aristocratie qui se prétend éclairée et qui rejette, parce qu’elle les juge obscurantistes ou dépassées, les expressions estimées par elle comme traditionnelles : peinture, gravure, dessin, sculpture. Or l’art ne se réduit pas au support ou au média par lequel il transite ; l’art ne répond pas au critère du progrès ; l’art est la création d’un artiste. Il témoigne de son regard. Unique. Irremplaçable. L’artiste traduit une sensibilité qu’il offre de partager. Universellement. Certes, il s’inscrit dans une époque et, par là, en la modelant, définit son histoire et sa propre histoire. Aujourd’hui, elle est polyphonique. La mission d’une revue pluraliste comme Vie des Arts est d’en renvoyer les échos pour le bénéfice de ses lecteurs. C’est ce que vous découvrirez dans ce numéro. Bonne lecture.

N° 216, automne 2009

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