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N° 217, hiver 2009-2010
MICHEL BEAUCAGE
L'ÉLOQUENCE DE L'APPROXIMATION
Jules Arbec
Le geste se définit presque toujours par l'intérêt sinon par l'intention et l'attention que l'artiste lui accorde. Chez Michel Beaucage, le geste est créateur. Aussi intuitive que soit cette posture, ell e est à la fois la force motrice et l'assise à partir desquelles s'édifient une à une ses oeuvres. Dans cette perspective, la peinture – mais aussi la gravure et le dessin – représente pour Michel Beaucage une découverte de chaque instant.

Grand jade I, 2009
Acrylique, encre et collages
(papier de riz) sur toile
188 x 142 cm
Photo : Guy L'Heureux
Rien n'est plus éloigné des modalités de création de Michel Beaucage que la préparation d'esquisses et de plans de composition ; en somme d'un programme de travail régi par des normes et des règles à suivre. Pourtant ses productions répondent à un processus d'élaboration où l'on peut reconnaître des codes, des indices, des signes, des motifs propres à un langage ; en l'occurrence celui bien distinct de Michel Beaucage. Ces éléments ont bien sûr varié au fil de sa carrière dont on peut ainsi suivre le déroulement et distinguer les diverses étapes.
En tout cas, dans ses peintures récentes, la fougue de l'artiste ne se dément pas. Certaines toiles de la série des Jades sont dominées par une forme fantomatique blanche (des torses ? des gros têtards ?) qui se détache sur un fond vert pâle que tourmentent des lignes sinueuses bleues (filaments ? lianes ? tiges ?) et que houspillent des résurgences noirâtres attestant – belle surprise – que le véritable fond du tableau est noir. « Ce n'est pas moi qui ai choisi la peinture, confesse non sans humour Michel Beaucage, c'est la peinture qui m’a choisi ! » L'irrésistible inclination qu'il manifeste pour la peinture provient avant tout de sa curiosité sans cesse attisée par les nouvelles aventures que lui réserve ce moyen l'expression. Certes la peinture ouvre des perspectives infinies ; pour Michel Beaucage, cependant, elles présentent la particularité de lui permettre de commenter son univers intime. En effet, ses oeuvres témoignent de son dialogue ininterrompu avec la matière picturale : pigments, pâtes, toiles ; mieux encore : elles attestent la proximité franchement physique que l'artiste entretient avec cette matière. Plus prosaïquement, elles balisent aussi l'évolution de son travail et expliquent les mutations parfois de nature existentielle (ses voyages, ses rencontres) qui ont surgi au cours des années.
LES CAPRICES DU HASARD
Pour l'artiste, cette gestation – car c'en est bien une – se nourrit d'abord d'un questionnement qui favorise un état de conscience en alerte devant un matériau d'où émanent des formes qui tiennent à des gestes où la création se conjugue avec l'intention de l'artiste d’élaborer une image. Ce que l'on désigne d'habitude sous le vocable d'inspiration se traduit chez Michel Beaucage par une sorte de disponibilité première à laquelle fait naturellement un laisser-aller au sens le plus positif du terme. Il en résulte une réflexion a posteriori (un effet de retour si l'on préfère) qui relie la poussée intuitive à la source de sa peinture et le mouvement organisateur des structures issues des caprices du hasard ; l'affrontement intuition/organisation détermine les suites de peintures sans les figer pour autant.

Château de jade II, 2009
Acrylique, encre de Chine
et collages (papier de riz) sur toile
122 x 127 cm
Photo : Guy L’Heureux
On comprend dès lors que dans ce contexte si singulier, l'artiste se permette certaines références figuratives : suites d'édifices surmontés de pointes torsadées (Château de jade I, II), tortue (Quartiers de jade), silhouette de femme (Inform’elle IX), coeur (Bleu délice VII), torse (Grands
athelètes II). Encore ses allusions correspondent-elles beaucoup plus à un rappel de certaines émotions et à un besoin d'évoquer une sensation
fugitive plutôt qu'à une volonté explicite de représenter quelque chose ou quelqu'un.
Le libre cours accordé au geste est au centre d'un discours qui tend à assouplir la forme et à la dégager de ses contraintes pour l'inscrire
dans un espace, lieu d'une véritable mise scène de l'expression d'une sensation au sens le plus pur du terme. On relève donc ici le refus plus
ou moins systématique des structures au profit d’une peinture vivante et belle, organique et sensuelle ancrée dans l'instant. Paradoxalement, ce langage tire alors son éloquence et sa force de son approximation c'est-à-dire d'une certaine mobilité du sens et de son expression qui rendent possibles différents registres d'interprétation.
Beaucage tente d'habiter l’espace. À cette fin, il recourt à une gestuelle ample et insistante qui rappelle le style de Jackson Pollack ou même celui de Jean-Paul Riopelle mais ici s'arrête la comparaison.
Certains de ses traits amples et décousus s'imposent avec désinvolture et fermeté comme de grands cris qui envahissent l'ensemble de la toile. Tel est le cas des suites Petit château de jade et Grand jade. Or, loin de constituer des faiblesses, ces compositions imprévues et souvent ambivalentes constituent, au contraire, les assises d'une surprenante cohérence des formes dont elles proposent une multitude de lectures.
À LA CHINOISE
L'artiste rompt parfois avec son souci d’exprimer l'immédiateté et prolonge la perception du temps en introduisant des découpages provenant d'anciens tableaux dans ses nouvelles oeuvres. Il met ainsi en relief la continuité de ses productions tout en suggérant leur fragilité. En outre, l'alternance
des effets de transparence et d'opacité rythme la dynamique interne du tableau.
Dans ses oeuvres récentes, Michel Beaucage fait du mouvement une priorité ; l'expression gestuelle se mue en une calligraphie qui s'accorde avec une composition à la chinoise. Les divers séjours de l'artiste en Asie ne sont pas étrangers à cette orientation. D'autres aspects trahissent ses nouvelles influences : le choix du papier de riz, l'aménagement d’espaces blancs, la dissémination de formes florales (suite Root's dream).
L'artiste ne cache d'ailleurs pas son admiration pour l'artiste chinois Qi Bai Shi et ses peintures florales.
Les liens que l'on peut percevoir entre les abstractions gestuelles de sources occidentales et les « images » et mises en espace d’inspiration extrême-orientale ont valu à Michel Beaucage ses nombreux succès, ainsi que des participations à des expositions, notamment à Pékin et à Shanghaï. En définitive, les oeuvres de Michel Beaucage, tout en se définissant comme des créations originales et personnelles, sont désormais parcourues d'une saveur interculturelle.
NOTES BIOGRAPHIQUES
Michel Beaucage vit et travaille à Montréal. Depuis 1990, soit l'année où il a obtenu sa maîtrise en arts plastiques de l'Université du
Québec à Montréal, Michel Beaucage produit et expose ses oeuvres au rythme d'une exposition par an. En 1992, il a ajouté l’estampe à sa
formation fondamentale en peinture.
S'il expose ses tableaux principalement à Montréal, il compte quelques incursions en solo ailleurs, notamment aux États-Unis à la galerie DeNovo (Sun Valley, Idaho) et en Chine à Shanghai. Les expositions collectives auxquelles il a pris part l’ont conduit à New York, Charlotte, Ljubljana, Pékin.
Ses oeuvres font partie de prestigieuses collections notamment : Banque royale du Canada, Banque nationale du Canada, Loto-Québec, Ogilvy Renault, avocats, Montréal.
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EXPOSITIONS
MICHEL BEAUCAGE
Exposition de groupe
Works on paper. A global
perspective
NY ARTS GALLERY BEIJING Chine
Décembre 2009
BIENNALE INTERNATIONALE D'ART DE BEIJING
Chine
Septembre 2010 |
N° 217, hiver 2009-2010 |
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