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N° 217, hiver 2009-2010
[ E D I T O R I A L ]
LE MACM EN CENT QUESTIONS
Bernard Lévy
Rédacteur en chef
Ce n'est pas tant une refondation, entreprise aussi donquichottesque que vaine qui s'impose au Musée d'art contemporain de Montréal. Ce qui compte tient davantage à l'instauration d'activités artistiques originales et critiques qui interrogent, par exemple, le statut de l'image (ses finalités, ses mensonges, ses artifices, etc.), les liens avec d'autres espaces de pensée, les conditions de naissance, de vie et de mort des idées. C'est par de tels propos que Christine Ross, professeur d'histoire de l'art à l'Université McGill, a évité à la journée d'étude Le MACM en question de n'être
qu'une journée de doléances composée d'un chapelet de suggestions bien intentionnées.
La nomination de Paulette Gagnon au poste de directrice du Musée d'art contemporain de Montréal a suscité une controverse. Menée par Laurier Lacroix, professeur associé de l'UQÀM, et Anne-Marie Ninacs, doctorante en histoire de l'art, la contestation a pris la forme d’une journée d'étude : le vendredi 13 novembre.
Dans les locaux de la Société des arts technologiques cent soixante seize personnes (principalement des universitaires mais aussi quelques galeristes, des représentants des instances du milieu des arts visuels et quelques artistes – les cinq ou six critiques d'art présents n'ont joué qu'un rôle d’observateur) se sont efforcées de remettre « Le MACM en question » en vue d'instaurer « une réforme radicale du Musée d'art contemporain de Montréal ». Si les propos qui ont émaillé la journée n’ont pas atteint un objectif aussi ambitieux, au moins auront-ils eu le mérite de dégager quelquesunes des tâches prioritaires qui attendent la nouvelle directrice du Musée. Directrice à laquelle Laurier Lacroix, Anne-Marie Ninacs et le groupe qu'ils animent, ont commencé par reprocher tout de même, dès l'ouverture de la journée, de se soustraire au dialogue direct avec eux car elle a posé comme condition d'un débat, la présence d'un médiateur.
De son côté, le mercredi 21 octobre, Paulette Gagnon, inaugurant dans le hall du MACM une série de « Conversations publiques », a rappelé les fonctions du Musée. Elle a certes énuméré quelquesunes des améliorations qu'elle entend mettre en oeuvre. Mais sa prestation ressemblait davantage à une interview d’embauche qu'à la présentation d'objectifs clairs et stimulants. De toute évidence, déstabilisée par les réactions contestant le processus de sa nomination, la nouvelle directrice n'est pas encore très à l'aise en public. Quoi qu'il en soit, elle a annoncé qu'elle prépare un plan d'action qu'elle rendra public sous peu.
Tout en s'évertuant à déclarer que la personnalité de Paulette Gagnon n'était pas en cause, les contestataires ont cru avoir trouvé une brèche susceptible d'invalider sa nomination en considérant que des membres honoraires du Conseil
d'administration du Musée (ils n'ont pas droit de vote) auraient participé au vote ayant conduit à sa nomination. Depuis, des sources sûres indiquent que les membres en règle du CA se sont prononcés à l'unanimité en faveur de Paulette Gagnon. Voici donc exclue la perspective d'une faille.
Dès le premier atelier de la journée, Johanne Lamoureux,
professeur au Département d'histoire de l'art de l’Université
de Montréal, en traitant de la question de la mission du
MACM, a reconnu que les états de services de Paulette Gagnon
« témoignent indiscutablement de sa compétence
». Elle a cité les grandes expositions qu'à titre
de conservatrice en chef, Paulette Gagnon a signées : Anselm
Kiefer, Shirin Neshat, Claude Tousignant... Mais l'historienne de
l’art n’en a pas moins souligné la quasi-absence d’interaction
avec les chercheurs universitaires, l'organisation trop sporadique
de colloques, le choix d'expositions monographiques plutôt que thématiques.
Mais surtout elle a décrit le MACM comme un musée
d'art moderne et contemporain suscitant auprès de l’assistance
la question : ces deux vocations peuvent-elles encore coexister
aujourd’hui ? Débat aussi vieux que le Musée lui-même
et débouchant sur l’interrogation « le Musée
doit-il abandonner sa vocation de musée pour n'être
qu'un lieu d'exposition ? » Question superflue puisque cette
fonction est occupée par les nombreux centres l'artistes
autogérés voire par les maisons de la culture qui
ne s'encombrent pas d’activités de conservation.
C'est la section consacrée à la gouvernance qui a entraîné la suggestion la plus « constructive » certes mais pas forcément souhaitable. Puisque le MACM est un établissement d'état, ne serait-il pas logique que la composition de son conseil d'administration soit davantage le reflet de la société ? Ici le cours de gestion élémentaire donné en dix minutes par François Colbert s'avère utile. « À quoi sert un CA ? » a lancé le professeur spécialiste de la gestion des arts à l'École des HEC. Est-ce à s'assurer que le budget reste équilibré ? Est-ce pour accroître les revenus de l'établissement ? Dans ce cas, des personnalités du milieu des administrations publiques ou encore du monde des affaires ayant une bonne connaissance des arts (financiers, industriels, chefs d'entreprises de pointe, professionnels du marketing, etc.) seront les plus indiquées. Au nom d'une meilleure représentativité, serait-il vraiment sage d'introduire au sein d’un conseil d'administration des personnes issues du milieu artistique (artistes et enseignants) et du milieu commercial (galeries d'art) ou de simples collectionneurs ? À cette question, les membres de la journée d'étude répondent « oui ». Mais quand on connaît les querelles de chapelle du monde des arts, une telle option n'entraînerait-elle pas des risques de conflit d'intérêt ?
Lors du volet consacré aux activités de diffusion à l'échelle nationale et internationale, les intervenants
au micro ont admis que les expositions du MACM circulaient assez bien au Québec mais fort peu au Canada et pas du tout hors du pays. Ils ont admis également que le MACM réussit à monter avec succès des expositions d’artistes (Sam Taylor-Wood, Vic Muniz, Neo Raush...) dont la notoriété est internationale. Cependant, ils ont émis le voeu d'instaurer des échanges avec les musées
régionaux, ainsi qu’avec des instances étrangères en vue de positionner le MACM hors des frontières de Montréal. Certes le MACM, diffuse assez largement les catalogues de ses expositions dans les centres et les musées du monde entier et ainsi contribue au rayonnement international de nos artistes. Mais la mission de promouvoir les artistes québécois à l'étranger n'est pas dans ses attributions. Cette tâche revient principalement aux galeristes voire aux gouvernements.
Restaient les deux volets qui se recoupaient : le leadership et le rôle du Musée au sein de la société. Montrer l'exemple, faire preuve d'initiative, susciter des collaborations, animer le réseau des arts : les injonctions ne manquent pas. Elles sont faciles à égréner. Elles risquent surtout de demeurer lettre morte si elles ne sont pas soutenues par une
pensée : voilà ce qu'est venue défendre avec vigueur au terme de la journée Christine Ross, professeur au Département d'histoire de l'art de l'Université McGill. Élevant enfin le débat au-dessus des questions de contingences circonstancielles
et matérielles, elle a replacé le MACM au coeur de ce qui est son enjeu vital : son rapport avec le public. En proposant des activités qui tirent leur pertinence des liens entre art et société, le MACM devrait répondre à toutes les sensibilités et concilier notamment par là art moderne et art actuel.
Paulette Gagnon fait preuve de qualités d'écoute remarquables. Depuis son arrivée à la direction du MACM, elle a rétabli le Comité de programmation, elle a délégué à un commissaire externe la réalisation d’un projet original, elle a fait monter une exposition thématique et une exposition constituée d'oeuvres données par de riches collectionneurs. Elle a réactivé le projet d'agrandissement du Musée. Elle s'est mise en quête de nouvelles ressources financières. Il faut lui faire confiance.
Bonne année et bonne lecture.
N° 217, hiver 2009-2010 |
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