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N° 219, Été 2010
[ C é l é b r a t i o n s ]
Il y a
cinquante ans
mourait Paul-Émile Borduas
René Viau
Borduas meurt à Paris le 22 février 1960. Peintre, auteur du Refus global, animateur et inspirateur
du mouvement automatiste, son apport est exploré par une série de manifestations. Après le
Canada anglais, en une grande première, l’Albright-Knox Gallery de B uffalo dévoile les automatistes
au public américain. À Montréal, le Musée d’art contemporain se recentre sur le legs pictural
de Borduas et joue, en même temps, à saute-mouton entre les générations en demandant
à quatre artistes contemporains de se situer par rapport à sa peinture.
Paul-Émile Borduas
Sans titre, 1942
Gouache sur papier, 152 x 198,5 cm
Collection Musée d’art contemporain de Montréal
©Succession Paul-Émile Borduas/Sodrac (2010)
Photo : Richard-Max Tremblay
Une peinture au goût de liberté
La photo montre deux projecteurs de
fortune et un coin de table sur lequel reposent
des tubes de couleur écrasés. Quelques
tableaux sont retournés contre un mur.
Un chevalet maculé soutient la dernière oeuvre
de Paul-Émile Borduas. Presque entièrement
couverte de noir, Composition 69 – c’est
son titre – communiquerait pour un peu un
vertige prémonitoire.
Posée là lors de la visite de la photographe
Janine Niepce à l’atelier parisien de
Borduas, rue Rousselet, cette toile a pris
valeur de linceul : le peintre vient de mourir,
peu avant cette visite, victime d’une crise
cardiaque, le 22 février 1960.
La photo va illustrer la jaquette du catalogue
de l’exposition Borduas, tenue du
22 décembre 1960 au 30 janvier 1961 au
Stedelijk Museum d’Amsterdam. Dépouillé,
le tableau est maçonné de plans sombres.
En deçà de cet « amas des illusions » dont
parle Borduas en avant-propos de ce même
catalogue d’Amsterdam, l’oeuvre marque un
testament pictural.
L’impact est radical. À l’audace de ses
oeuvres s’ajoute l’aura d’un héros culturel
rejeté par ce « Canada français » traditionaliste
qu’il a contesté. Cette mort en solitaire, loin de
son pays, marque les esprits. Certains parlent
d’exil, même si Borduas était à Paris en quête
d’oxygène et de stimulation intellectuelle.
En mourant ainsi, Borduas apparaît comme
une victime de l’intolérance et de la chasse
aux sorcières1.
Dans ses dernières oeuvres, quelquefois
tempérées de gris ou affleurées d’autres valeurs
colorées, le blanc et les surfaces sombres
s’engoncent solidement ou flottent avec précarité.
Le critique d’art français Charles Delloye,
cheville ouvrière de cette reconnaissance
européenne par un musée – sans doute alors
le plus dynamique d’Europe –, affirme que
Borduas, en épurant sans cesse sa peinture,
en repousse les limites. Une peinture dont
pourtant il exalte en même temps la matérialité.
« Borduas questionne l’ensemble du
monde de la peinture et de sa création : forme,
sens, écriture, acte fondateur », écrit-il dans
le catalogue d’Amsterdam.
Paris – New York
Les petits monochromes de sa période
parisienne en témoignent. Les surfaces s’entrechoquent
par couches et par juxtapositions.
Paris est alors subjuguée par les excentriques
monochromes d’Yves Klein ou les toiles lacérées
de l’Italien Fontana avec lequel Borduas se lie.
Il se confie à l’artiste italien dans une conversation
dont Delloye est témoin, affirmant
qu’il lui est aussi « dur » que « nécessaire »
d’aller « au-delà du rien ». Borduas cherche à
atteindre l’essentiel.
1956. « Ma peinture file alors vers un autre
monde », note Borduas. Il se frotte depuis
septembre 1955 au milieu parisien. Ses toiles
amorcent une rupture avec le lyrisme de ses
oeuvres antérieures. À New York où il s’établit
de 1953 à 1955, sa peinture suscite l’admiration
de Franz Kline. Il expose chez Martha
Jackson. La confrontation avec la peinture
américaine sera un choc. À travers les blancs
cassés et neigeux, les coups de spatule défragmentent
la surface entière de la toile auparavant
allergique au « all over ». Hors du Québec, son
art a pris une nouvelle dimension.
L’automatisme débute avec l’exposition
des gouaches de Borduas à l’Hermitage en
1942 pour s’étioler avec La matière chante – son chant du cygne – à la Galerie Antoine
en 1954. Avec ses proclamations incantatoires,
le texte fondateur qu’est Refus global, écrit
par Borduas en 1948, en constitue paradoxalement
la conclusion à venir. Il n’est pas
exclu d’envisager que Borduas, traditionnellement
considéré comme le maître à penser,
a pu être poussé à son tour, et parfois
même influencé, par l’ardeur et l’intransigeance
de ses disciples. Comme en peinture,
les « jeunes » le forcent à radicaliser ses
positions théoriques.
Peinture et liberté
Lié à l’inconscient, le geste automatiste
dynamite une chape de plomb paralysante.
S’abandonnant à l’accident, recourant à la
sensation brute, les peintres de cet « égrégore »,
Borduas en tête, participent ex nihilo au
développement de la matière à partir du chaos.
Ils réorganisent à leur profit intuitions et magma
pictural. Les oeuvres automatistes de Borduas,
tout comme celles de ses camarades, peintres ou poètes, « ont soif de commencement
obscur, de ce qui est vierge et premier », écrit
le poète Michel van Schendel. Les Borduas de
cette époque se caractérisent par une prédilection
pour les petites touches vives à
l’onctuosité minérale.
La série de 45 gouaches de 1942 explore
le « non préconçu ». Borduas trouve alors sa
première expression personnelle. Des formes
englobées conservent une résonance figurative.
Elles sont soulignées par une écriture syncopée
et un parcours gestuel qui se délie. Jaune,
bleue, en harmonie de rouges, de roses ou de
violets, la couleur en aplats s’enveloppe d’arabesques
joyeuses. Repoussant « les frontières
de nos rêves », guidé par l’art des enfants, ce
que Borduas découvre n’est ni plus ni moins
que l’une des formes les plus avancées alors
de l’art contemporain. Harry Bellet, critique d’art au quotidien Le Monde, rendant compte
en décembre 2004 de l’exposition La Magie
des signes consacrée en région parisienne
aux oeuvres sur papier de Borduas, observe
qu’avec celles-ci le peintre « fut le premier
sans doute à avoir usé en peinture du geste
automatique destiné au départ par Breton à
l’écriture ».
Ce n’est pas seulement l’art québécois qui
entre alors dans la modernité. La déflagration
touche également l’inconscient collectif. À
travers
les couleurs explosives de cette révolution
artistique, c’est aussi la contestation des
conditions sociales et politiques de la « grande
noirceur » qui est en jeu. « Le Canada français
moderne commence avec Borduas », écrivait
le regretté Pierre Vadeboncoeur en 1962. « Il
nous a donné un enseignement capital qui
nous manquait. Il a délié en nous la liberté. »
« Borduas fut le premier sans doute à avoir usé en peinture du geste automatique destiné au départ par Breton à l’écriture. »
Paul-Émile Borduas
Bercement silencieux, 1956
Huile sur toile, 114,3 x 145cm
The Thomson Collection, Art Gallery of Ontario
Photo : Thomson Collection
Ici, le blanc et les surfaces sombres découpées
à la dérive semblent s’engoncer solidement
ou flotter avec précarité. C et univers plastique
« réversible » est tantôt opaque ou transparent, lisse
ou rugueux, mat ou scintillant. I l se fait à la fois mur
et ouverture. L es toiles s’associent tout autant à une
fixité lancinante qu’à un improbable surgissement.
Borduas explore la tension entre structure et geste.
Buffalo sur la piste des automatistes
BUFFALO, NY. — L’ Albright-Knox Gallery
fait figure de sanctuaire de la peinture expressionniste
abstraite américaine. C’est dans
ce cadre que l’exposition The Automatiste
Revolution : Montreal 1941-1960 (du 19 mars
au 30 mai 2010) retraçait l’histoire, aussi
abstraite et gestuelle, du « premier grand
mouvement d’avant-garde au Canada ». Il
s’agissait de la première rétrospective exhaustive
du mouvement automatiste présentée aux
États-Unis. Organisée par la Varley Art Gallery
d’Unionville près de Toronto, l’exposition y
avait été montée à l’automne 2009.
Le conservateur invité en était Roald
Nasgaard, professeur d’histoire de l’art à la
Florida State University et ex-conservateur
en chef de l’AGO (Art Gallery of Ontario). Ray
Ellenwood, grand passeur du mouvement
automatiste vers le Canada anglais, est avec
Nasgaard le co-auteur du catalogue de
l’exposition.
« Nous voulions que le visiteur puisse se
rendre compte que la percée historique des
automatistes se fait en parallèle avec celle
des artistes expressionnistes abstraits américains,
explique Louis Grachos, directeur de
l’Albright-Knox. S’ils se rejoignent sur bien
des aspects, ces deux mouvements étaient
pourtant totalement indépendants. » Ces liens sont rendus encore plus évidents par la proximité
d’oeuvres remarquables de Pollock,
Rothko ou de Kooning au sein de la collection
de ce musée américain réputé.
Mise en contexte
Au départ, un accrochage commun où se
seraient retrouvées côte à côte les oeuvres des
automatistes québécois et les immenses toiles
des expressionnistes abstraits américains du
musée avait été envisagé. Finalement, une salle
consacrée à des « oeuvres témoins », de plus
petit format et plus directement liées à la mouvance
post-surréaliste des années 40 complète
l’exposition. Ces oeuvres ont été choisies
par Roald Nasgaard parmi les collections de
Buffalo afin de restituer le contexte que
traverse « la planète automatiste ». Étonnantes,
des coïncidences surgissent. Le délié d’une
figure surréaliste de Miró se rapproche de
l’armature sinueuse des arabesques dont s’enveloppent
les masses triangulaires de couleurs
en aplat sur l’une des gouaches de Borduas de
1942. Des rapprochements sont tentés avec
Appel et le mouvement Cobra qui arrive aussi
à Paris à peu près au même moment
que l’exposition
automatiste de la Galerie
du Luxembourg en 1947. Rapprochements
également, quelques années plus tard, avec Sam Françis, intime, à Paris, de Riopelle et de
McEwen. S’y retrouvent une trentaine d’artistes
tels Masson, Gorky, Baziotes, Gottlieb, Matta,
Motherwell, Franz Kline, que fréquentait
Borduas à New York.
Ces oeuvres ont en commun d’explorer
la transposition en peinture de l’écriture automatiste.
Au départ destiné à l’écriture et à la
poésie, le concept a été découvert et théorisé
par André Breton en 1927. Le catalogue de
l’exposition Art of this century édité par
Peggy Guggenheim en 1942 contient un texte
fondamental d’André Breton. Dans ce texte,
publié sous le titre Genesis and Perspective
of Surrealism, le pape du surréalisme retrace,
à partir de ses antécédents littéraires, l’automatisme
pictural. En 1945, il est repris en
français sous le titre Le Surréalisme et la
peinture. Breton y propose sa propre définition
de l’automatisme en faisant référence
aux « frottages, aux rayogrammes photographiques,
aux grattages, aux fumages, aux
mouvements même de la main et autres
moyens mécaniques » qui permettent « d’obtenir
immédiatement une texture d’une très grande
plasticité », et ce, afin d’atteindre « ces régions
de miracles » si chères au surréalisme. À partir
de cette brèche, certains vont dépasser radicalement
ces procédés pour concevoir une peinture en prise directe avec l’inconscient.
En tête de peloton, Borduas est l’un d’eux.
Abstraction verte (1941) le montre. Considéré
comme sa première oeuvre abstraite, ce
petit format, « avant-coureur de la tempête
automatiste » selon Borduas, salue le visiteur
américain dès l’entrée de l’exposition en
compagnie d’un trio de ses gouaches de 1942.
Ancré dans l’Histoire de l’art
En éclairant, dans la salle annexe, les
connexions entre les artistes de Montréal et
ceux de New York et même de Paris, et en
cernant mieux leurs spécificités, l’exposition
de Buffalo contribue, selon Roald Nasgaard,
« à inscrire l’automatisme québécois dans
l’histoire américaine de l’art ». La salle où de
telles correspondances se manifestent fait toute
la différence avec l’accrochage de la Varley Art
Gallery2. À Buffalo, en mettant de l’avant les
publications automatistes – les pièces de théâtre
de Claude Gauvreau, ses poèmes et ceux de
Thérèse Renaud, les photos de Maurice Perron,
les collages de Mousseau et les performances en
danse de Jeanne Renaud, de Françoise Sullivan et,
plus tard, de Françoise Riopelle –, l’aspect multidisciplinaire
du mouvement y est mis de l’avant
et apparaît comme particulièrement novateur.
Avec Barbeau, Ferron, Gauvreau, Leduc,
Riopelle (le plus représenté avec Borduas)
s’affirme la véhémence des peintures accompagnant
le manifeste. Une autre salle aborde le post-automatisme montréalais. On y trouve des
toiles de Barbeau, Leduc, celles de Mousseau
plus construites des années 50, mais aussi les
productions de Tousignant, Molinari, McEwen.
Concluant l’exposition, les toiles de Borduas
s’échelonnent jusqu’à celles de 1959-1960.
Acquise en 1973, exposée uniquement ici,
une huile de Borduas datée de 1953 fait partie
de la collection de l’Albright-Knox. Réception
automnale rappelle la période new-yorkaise
(1953-1955) de Borduas. Après New York,
Borduas commence à se faire connaître à Paris,
où il s’établit en 1955. Sans doute sa mort
en 1960 brise-t-elle la promesse d’une reconnaissance
européenne annoncée par l’exposition
d’Amsterdam ? Cela reste une tout autre
histoire.
Borduas, les automatistes… et après ?
Cinquante ans après sa mort, avec l’exposition
The Automatiste Revolution, voici
Borduas sous les projecteurs américains à
l’Albright-Knox Gallery de Buffalo après que
la présentation eut été accueillie avec enthousiasme
au Canada anglais. À Montréal, le
Musée d’art contemporain n’est pas en reste
et consacre au chef de fi le des automatistes
une exposition qui souligne cet anniversaire.
Acclamée par Richard Rhodes, éditeur du
Canadian Art, The Automatiste Revolution à
la Varley Art Gallery fi gurait en tête du palmarès
des expositions de 2009 au Canada. Pour le
critique torontois, cette exposition, initiative
du musée « satellite » d’une ville de banlieue,
allait à l’encontre d’un certain conformisme
qui guette les grandes institutions. À Buffalo,
une élogieuse couverture Internet reprenait
le fl ambeau. En mars 2010, le site américain
Art Net désignait cette « découverte » des automatistes
au Albright-Knox comme l’une des
20 meilleures expositions aux États-Unis.
Les frontières de nos rêves…
Au Québec, seul le Musée d’art contemporain
de Montréal souligne les 50 ans du décès
de Borduas par une manifestation d’éclat,
Borduas : « Les frontières de nos rêves ne sont
plus les mêmes ». (24 avril - 3 octobre 2010)
Véritable caverne d’Ali Baba, le MAC détient
le fonds le plus important de Borduas. Aux
archives de l’atelier de l’artiste s’ajoutent
123 oeuvres parmi lesquelles 72 peintures,
50 oeuvres sur papier et une sculpture. La
collection Borduas a bénéfi cié d’une donation
importante des Musées nationaux du Canada constituée des 55 oeuvres, bouleversantes,
ramenées de l’atelier parisien du peintre à sa
mort. Cette collection s’est enrichie au fi l des
ans de dons et d’achats importants comme
celui de la collection Gérard Lortie en 1971.
Avec une soixantaine d’oeuvres de toutes
les périodes du peintre, l’exposition Borduas :
Les frontières de nos rêves ne sont plus les
mêmes intègre à même son parcours des oeuvres
de quatre artistes contemporains : François
Lacasse, Guy Pellerin. Roland Poulin et Irene
F. Whittome. Commissaire de l’exposition, Josée
Bélisle explique vouloir ainsi « actualiser
l’héritage de Borduas ». Chaque artiste a
« adopté », pour l’exposition, une oeuvre ou
une série d’oeuvres de Borduas. « Ces quatre
artistes reconnaissent le rôle déterminant
qu’a eu Borduas, d’une manière ou d’une
autre, dans l’évolution de leur pratique », note
Josée Bélisle.
Sous un certain aspect atypique, ces choix
apparaissent plutôt consensuels tant un climat
et des affi nités transparaissent. Attention
cependant ! Pour les artistes ainsi « toqués »,
il ne s’agit pas tant de revendiquer l’évidence
d’une fi liation auto-avouée ou de s’inscrire
dans le périmètre d’une esthétique reconnaissable
que d’offrir « une pluralité des regards ».
À l’automne 2004, le Musée d’art contemporain
a monté à Versailles, avec le Conseil
général des Yvelines, La Magie des signes, une
exposition remarquée d’oeuvres sur papier de
Borduas. Avec Les frontières de nos rêves ne
sont plus les mêmes, il a voulu faire quelque
chose de différent. Il est vrai qu’on voit de
plus en plus de tels dialogues thématiques et chronologiques. À Paris, au Centre Pompidou
par exemple, des oeuvres très contemporaines
s’intègrent dorénavant à l’accrochage des
périodes historiques du XXe siècle.
Demander à des artistes de se confronter
aux oeuvres de Borduas et de se situer par
rapport à elles permet, selon Josée Bélisle, un
retour à la peinture, à la matérialité de son
langage. Ces points d’appui ou de confrontation
témoignent ainsi de l’influence de
Borduas, bien au-delà de la fi gure du « héros
culturel ». Pour sa part, The Automatiste
Revolution établit une distance, ne serait-ce
que géographique, avec cette hagiographie
dans laquelle on a souvent drapé Borduas et
les automatistes, même si le titre de l’exposition
indique clairement que le tourbillon
artistique de l’automatisme a donné le signal
de la métamorphose de notre société
Place à la création
Si le Québec a sanctifi é Borduas et son
Refus global, force est de constater que le
traumatisme initial n’a été digéré qu’à coups
de commémorations à répétition. Tous les dix
ans, c’est reparti. Dans l’intervalle, rien, ou
presque ! À Québec, à Ottawa, à Montréal,
faudra-t-il attendre encore dix ans avant
que d’autres expositions inédites renouvellent
le sujet ?
Pourtant, les pistes existent tant de
nombreux aspects de l’automatisme restent
méconnus. Dans la foulée de The Automatiste
Revolution, pourquoi ne pas situer une
fois pour toutes l’automatisme au sein des
mouvements artistiques internationaux de l’après-guerre pour qui le geste est la notion
centrale ? La question du post-automatisme et
de l’influence de ce legs sur la scène artistique
montréalaise des années 50 mériterait également
d’être fouillée. Le phénomène automatiste
se prêterait à merveille à une présentation où
plusieurs disciplines – danse, théâtre, poésie
– pourraient s’épauler. Et pourquoi ne pas
reconstituer des décors avec costumes, des
dispositifs d’exposition aménagés de façon si
originale par les automatistes ? Qu’en est-il
enfin de la présentation permanente des automatistes
dans nos musées ? Pense-t-on combler
les lacunes des collections de certains de nos
musées uniquement avec des dons ?
L’automatisme, un des mouvements picturaux
les plus marquants au Québec, aux
répercussions internationales, mériterait une
plus juste reconnaissance.
Paul-Émile Borduas
Composition, 1942
Gouache sur papier
58,5 x 43,2 cm
Collection : Fernande S aint-Martin
La série de 45 gouaches de 1942 explore le « non
préconçu ». D es formes englobées conservent
une résonance figurative. E lles sont soulignées par
une écriture syncopée et un parcours gestuel qui
se délie. Jaune, bleue, en harmonie de rouges, de
roses ou de violets, la couleur en aplats s’enveloppe
d’arabesques joyeuses. C es oeuvres, qui se voulaient
surréalistes, firent sensation. D ans la monographie
qu’il consacre à B orduas en 1943, R obert É lie
témoigne avec enthousiasme de ce « premier
grand voyage d’un peintre canadien évoluant vers
l’abstraction ou plutôt vers cet art spontané ».
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EXPOSITION
The Automatiste Revolution: Montreal 1941-1960
Albright-Knox Art Gallery, Buffalo
Du 19 mars au 30 mai 2010
Borduas : «les frontières de nos rêves ne sont plus les mêmes»
Musée d’art contemporain de Montréal
Commissaire : Josée Bélisle
Du 24 avril au 3 octobre 2010
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N° 219, Été 2010 |
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