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N° 219, Été 2010
[ E D I T O R I A L ]
La parole aux acteurs du monde des arts
Bernard Lévy
Vous n’avez pas reconnu la revue. En tout cas, pas tout de suite. Avouez-le. En effet, elle a changé d’aspect. Ce
qui saute aux yeux, tout d’abord, c’est son nouveau format : plus large, plus haut, plus grand. Ce changement de taille
prend des proportions proprement révolutionnaires pour une publication demeurée fi dèle aux dimensions Times quasiment depuis sa création en 1956. Et puis, elle a changé de « signature visuelle ». Les quatre lettres du mot
ARTS s’alignent d’un bord à l’autre de la couverture dans des caractères typographiques minces, élancés, élégants,
sobres. L’intérieur aussi a changé. Les articles se déploient dans des pages plus dégagées où les reproductions photographiques
occupent plus d’espace.
Ce rajeunissement ne serait que cosmétique s’il ne s’accompagnait d’un changement plus profond. En effet, le
virage le plus radical consiste à donner davantage la parole aux acteurs du monde des arts. Dès ce numéro, vous
trouverez donc des transcriptions d’entretiens avec des historiens de l’art, des artistes, des commissaires d’exposition.
Certains articles sont ponctués d’explications ou de justifi cations des artistes. Cette optique nouvelle commandait la
création de nouvelles rubriques : Réflexions, Points de vue, Célébrations. D’autres sections viendront s’intégrer dans
les prochains numéros : Visite d’atelier, Reportage, Palmarès… Ce découpage présente l’avantage de démarquer
plus fortement les textes dont le contenu relève du commentaire ou d’une prise de position de ceux du type compte
rendu plus strictement factuel.
Mais qu’on ne s’y trompe pas : l’esprit nouveau qui anime ces pages ne vient pas modifi er le souci de clarté et
de rigueur à la base du succès de Vie des Arts et dont témoigne la fi délité de ses lecteurs au fi l des générations. Il
n’émoussera pas non plus le sens critique et l’indépendance éditoriale de la revue. Analyses, synthèses, débats demeurent
plus que jamais à l’ordre du jour. Plus incisifs, ces textes seront plus courts. La place plus grande accordée
aux images, grâce au plus grand format, devrait offrir aux lecteurs plus de latitude pour fonder leur propre jugement.
Si la revue entend proposer le plus large refl et possible des productions nouvelles du monde des arts, ses
rédacteurs vont davantage s’efforcer de situer les évènements en tenant compte des courants d’idées (esthétiques,
politiques, économiques, sociaux) dans lesquels ils s’inscrivent.
À ce sujet, l’entretien que Nicolas Bourriaud, récemment nommé directeur du volet Arts au ministère de la
Culture et de la Communication en France, a accordé à Sylvia Russo, donne le ton. Le concept d’altermodernité
dont il défend la pertinence semble bien ouvrir un champ où, désormais à l’échelle de la planète et donc au-delà
de leur appartenance nationale, les artistes donnent libre cours à une diversité créatrice qui, en s’appropriant
notamment la notion de mouvement, ravive l’esprit de la modernité. Au moins quatre articles viennent ici étayer ce
concept d’altermodernité. Ils portent sur l’opportunité de la formation de l’artiste à l’étranger, sur la notion de Nature
dans l’art d’aujourd’hui à partir des productions comparées de Monique Mongeau, René Derouin et Serge Tousignant,
sur la notion d’impression appliquée à l’art de l’estampe au cours des vingt dernières années, sur le problème du
renouvellement de son iconographie par un artiste, en l’occurrence Jérôme Fortin.
L’année 2010 marque le cinquantième anniversaire de la mort de Paul-Émile Borduas. Elle coïncide avec la
reconnaissance par des historiens de l’art des États-Unis du mouvement automatiste en tant que mouvement propre
à l’histoire de l’art du XXe siècle. À Buffalo, l’exposition comparée d’oeuvres d’artistes se situant dans la mouvance
du manifeste
Refus global et d’artistes américains, leurs contemporains, atteste cette reconnaissance avec éclat.
René Viau rend compte de l’évènement qu’il rapproche de l’exposition, au Musée d’art contemporain de Montréal,
Borduas : « Les frontières de nos rêves ne sont plus les mêmes »,
symétrique de celui de Buffalo. À Montréal, en
effet, l’exposition associe à une quarantaine de créations de Paul-Émile Borduas des oeuvres de François Lacasse,
Guy Pellerin, Roland Poulin et Irene Whittome, artistes d’aujourd’hui qui considèrent avoir bénéfi cié de l’infl uence
de Borduas.
À l’occasion de la reprise – sur le mode musical – de la pièce de Michel Tremblay Les Belles-Soeurs, le metteur
en scène René Richard Cyr a été invité à organiser à l’Espace Création Loto-Québec une exposition où il restitue
l’atmosphère de la fi n des années 60 au Québec : il explique comment il a procédé au passage de la scène à la salle
d’exposition.
Comme chaque été, Vie des Arts vous invite à prendre des chemins de traverse et vous propose un lot de destinations
insolites. Il s’agit de lieux situés parfois en marge des grands centres, des lieux où s’expriment des artistes
dont les productions sont le fruit d’expériences inusitées. L’équipe de rédaction en a débusqué une trentaine. Voilà
l’occasion de sortir des sentiers battus et de faire de belles découvertes. Il n’en tient peut-être qu’à vous. Bon été et
bonne lecture.
N° 219, Été 2010 |
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